À l’aurore ce 19 mars 2026


le jardin à l'aurore montre un ciel encore bleu qui s'éclaire avec la silhouette des arbres encre sans feuilles , à droite on devine cyprès

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3–5 minutes

Le coq faisan énervé est venu chanter dans le jardin où c’était déjà le grand concert des oiseaux. Il va faire beau. Nous sommes un jeudi. Sans que je cherche vraiment, 39 ans après, je me souviens que le 19 mars 1987 était également un jeudi et qu’il faisait très beau aussi.


Je n’ai pas le culte des morts

Quand ma mère est morte, l’infirmière au téléphone n’avait pas osé me le dire. Il était quatre heures trente du matin. Un peu avant. Elle avait prétendu qu’il fallait que je vienne au plus vite à l’hôpital mais à sa voix je sentis que c’était déjà trop tard. Il avait fallu lui faire dire. Pas très courageuse. Je n’avais pas 25 ans. J’étais résolu. On me fit entrer par une porte de service puis monter dans sa petite chambre où elle était morte en colère. C’était une petite chambre à l’écart, avec les murs peints à la chaux et une petite fenêtre étroite qui dominait la ville de Digne.

Oui je crois qu’elle est morte en colère. Elle avait le droit de fumer dans sa chambre, le seul truc qu’elle aimait encore et son paquet était vide. L’infirmière de nuit avait dû mal lui répondre. Crise cardiaque, attaque ? On ne nous l’a jamais dit.

— Ce n’était pas une malade facile ! Vint m’eexpliquer le petit crétin d’interne en se balançant sur ses pieds la pipe au bec. Il n’avait que ça en guise de condoléances. « Ben voilà, vous serez débarrassés. »

Nous avons fait ramener le corps au village. Les gars qui la transportaient l’avaient mise dans une housse en plastique bleue avec une fermeture éclair et maladroits cognèrent le corps contre le mur dans l’escalier. Elle n’était pourtant pas lourde. Ils repartirent avec la housse pour le suivant.

La petite estafette Renault bleue de la mairie qui servait de corbillard comme pour ramasser le bois, la conduisit au cimetière en début d’après-midi sous un soleil déjà puissant. Combien étions nous ? La grand-mère défaite, peut-être une tante, un oncle. Pas de messe, elle n’aurait pas voulu. Le corps qu’on descend dans la tombe à côté de celui du grand-père. Pas de discours. Le silence pour clore la fin d’un calvaire.

On ne me parle plus jamais d’elle

Peu de personnes autour de moi l’ont connu. Sa personnalité dérangeait et finalement reste une sorte de mystère. Fille de la guerre, aînée de six enfants, adolescente rêveuse et philosophe qui avait peint en jaune la chambre de bonne où elle avait obtenu le droit de se réfugier avec ses livres et la chatte Cléopâtre. Elles partageaient ensemble la crème de marrons. Maumariée, faite pour la philosophie et non pour élever des enfants, immense lectrice, victime d’une attaque à quarante ans, aphasique et qui finit sa vie après sept ans de calvaire.

Tout cela ne dit pas ce qu’elle m’enseigna entre la poésie, les chansons d’antan, le goût de la liberté et de l’esprit critique.

Et juste avant de partir à l’hôpital dont elle savait qu’elle ne reviendrait pas malgré nos dénégations, elle dit :

— Vivre difficile ! Aimer la vie, oui !

Ça et ses livres. Mon héritage.

L’émancipation

Nos proches meurent la plupart du temps pour nous laisser vivre, nous libérer. Ainsi je quittais la Provence pour Paris. Et Paris, ce furent de très belles années où j’appris à me débrouiller seul, à rencontrer d’incroyables personnes qui transformèrent ma vie.

Il faut accepter l’impermanence.

On ne finit pas de se libérer de tout un fatras qui vous encombre dans l’espoir d’approcher l’essentiel.

Pourtant, nous ne faisons que nous heurter à des détails laissant les guerres prospérer.

Il va faire beau

Je vais aller replacer la table de jardin repeinte maladroitement hier pour la protéger de la rouille. Il faut que je vérifie la pression des pneus avant d’aller au marché. Je suis impressionné par le nombre de petites et grandes tâches qui encombrent la journée.

Le vrai printemps arrive bientôt.

Il faut aller dans le chant paradoxal de ce pays qui est comme un refuge – la beauté et la paix partout- et les échos assourdis d’un Monde en dérive soumis à des imbéciles qui nous conduisent en courant vers de nouvelles catastrophes comme dans une mauvaise série B.

Comment ferais-je si j’avais 15 ans aujourd’hui ?

Taire les questions, regarder la chatte qui dort au mitan du lit, ne pas oser refaire le lit.

Je ne sais pas si je coupe complètement le chauffage ou si je m’en remets au thermostat.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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