Si nous cherchons la liberté, comment font-ils sont dont le métier consiste à la nier. Question impossible adressée au tueur d’espoir. Sixième texte du printemps des poètes, pas si printanier !
J’ai dormi jusqu’à 8 heures
J’ai dormi jusqu’à huit heures,
J’ai dormi toute la nuit
Quels crimes as-tu commis
Monsieur le dictateur
Pendant que je dormais
Combien de vies volées
Massacrées, frappées, violées,
Pour que ce matin à la télévision
Tu affiches ton plastron
Parfaitement ensanglanté
Et ta fierté hideuse
Tes bonnes blagues
Et ton mépris
Combien tu dis ?
Comment fais-tu ?
Comment fais-tu pour ne pas y penser
Au long de ta journée
Comment fais-tu avec ton miroir ?
Comment fais-tu avec l’espoir ?
Comment fais-tu avec ton enfant intérieur ?
Ce petit-là, que tu écrases, que tu massacres
Avec constance, jusqu’au bout
En toi, tout tordu
Tout calciné
Et comment fais-tu devant tes enfants ?
Assis sagement le soir autour de la grande table
Tes enfants auxquels tu apprends
La politesse
Tu leur enseignes la Liberté
La Liberté d’entreprendre
Il faut être le meilleur, gagner,
Avoir de l’ambition
Faire fortune
Commander
Les gens aiment l’autorité
Et le commerce des armes prospère
Vraiment, quelle belle époque ma chère !
Je me suis endormi,
Mais c’est au réveil que le cauchemar attend
Assis au pied de mon lit
Dans les journaux, dans les écrans
Tout ce sang
Toutes ces vies
Et l’on compare chez les experts
Les drones, les missiles, les chars, tout ce qui sert
À servir ta lâcheté la plus ordinaire
Comment fais-tu Monsieur le dictateur pour te survivre en humanité ?

Un mot en retour ?