Les briseurs de poésie


paysage de Quercy en décembre 2025

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1–2 minutes

Les briseurs de poésie, ceux qui sont passés sur le chemin de Compostelle, ont voulu faire parler leur ressentiment avec leurs pieds. J’imagine que ce sont des garçons, jeunes peut-être. Ou pas. En contemplant le petit désastre qu’ils ont fait, je me suis dit que c’était ça le fascisme. Sa vocation est de briser la poésie. Comme une métaphore sinistre de ce que je ne voudrais pas voir venir demain.


Heureusement que Galou n’a pas vu ça.

Sur le chemin de Compostelle, pas très loin de la maison, sur le causse du côté de Gréalou où nous allions souvent, il y avait cette petite installation naïve et amusante. J’avais fait mine d’appeler le ciel, d’appeler des chers et chères disparu·es et Galou s’était assis.

Galou a toujours eu un grand sens de la poésie et un grand sens de l’humour. Cela ne l’empêcha pas au contraire d’être d’une grande délicatesse.

En pensant à cette photographie, je suis descendu voir le téléphone comme on va chatouiller un savoureux souvenir tendre.

Mais voilà ce qu’il restait

Ce n’est pas le vent, encore moins les lièvres et je ne pense pas que les sangliers se seraient ainsi attardés. Non, juste des humains imbéciles, incapables de comprendre dans cette installation inattendue ce qu’elle portait de poésie, d’incongru, d’appel au rêve…

Si tu n’aimes pas, tu peux protester, écrire, t’exprimer. Non, là c’était juste détruire sans ramasser, briser en salissant.

Ce n’est pas très important mais ça m’a fichu le bourdon, je me suis senti insulté et alors Galou m’a manqué furieusement pour le souvenir partagé.

Si demain matin, par les urnes, certains arrivent au pouvoir, je vous garantis que ce genre de petite haine trouvera mille façons de s’exprimer. Après les objets, les quolibets, les coups ne tarderont pas.

Plus tard heureusement le troupeau est venu m’apporter un peu de consolation. Ils furent plusieurs à me demander :

Alors il n’est pas là aujourd’hui ton ami le chien ?

Nous lui avions appris à ne pas courir après les troupeaux. Je suis rentré inondé de soleil, épuisé de fatigue mais irradié de la tendresse animale et du paysage.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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