Faut-il être en paix avec soi-même ?


Le plan d'eau de Cajarc

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5–7 minutes

Les coachs sur leur chaîne YouTube, les ouvrages et sites de développement personnel, tous nous le disent. Il faut « faire la paix avec soi-même ». Mais jamais aucun d’entre eux ne définit la paix. « Fiche moi la paix ! » dit l’homme fâché. « Repose en paix » dit-on au mourant. Faut-il être en paix avec soi même si c’est pour être mort ou indifférent ?


Certaines personnes sont en guerre contre elles-mêmes

En voilà qui se soumettent à la torture systématique. On les voit en perpétuelle situation d’inconfort. Là où d’autres font religion de leur ressentiment se trouvant chaque matin des excuses dans un nouvel ennemi, d’autres s’auto-menacent, se torturent, sont leur propre bourreau. Peut-être leur est-il nécessaire d’agir ainsi pour se sentir vivant·e ?

Nous en connaissons tous, ces éternels insatisfaits, carrément méchants (avec eux ou elles mêmes), jamais contents.

Touchés par le syndrome de l’imposteur, iels se disent qu’au fond, iels auraient mieux fait de ne pas naître ou alors se jettent chaque matin dans les défis et les contraintes les plus absurdes. Iels sont dans une compétition permanente dont iels sortiront forcément blessé·e·s. Difficile d’échapper au déclin après l’apogée. Mais surtout leur quotidien les isole. Comment supporter l’autre quand on ne peut déjà pas se supporter, accepter son visage dans la glace, sa maladresse, son incompétence, sa bêtise.

« J’suis nul ! » dit l’adolescent.

Les voilà sous le joug du sentiment de culpabilité. Mais il y a une sorte de confort ou de facilité à se mésestimer, se victimiser.

Certaines personnes voudraient fuir le bruit du monde

La paix alors ? Il faudrait se trouver un refuge.

– Là, au moins tu es tranquille.

C’est ce que me dit un ami considérant ma vie à la campagne, loin du bruit et des disputes de la ville. Mais je sais qu’au fond, il craindrait de se voir à ma place. Le silence (apparent) de la campagne fait peur.

En réalité, celui qui se retire et se trouve face à lui-même doit être assez solide. Tout ressort alors de façon accrue à moins de sombrer dans le laisser aller.

Regardez ces retraités que l’on croise, dépenaillés, la bedaine en avant, négligés dans leur mise comme dans leur quotidien fait de routines tristes et médiocres. Ils sont tranquilles oui. Qu’attendent-ils donc ?

Certaines personnes prennent des tranquillisants

Quand c’est trop dur on va voir le médecin, le psychiatre et il prescrit des tranquillisants. D’autres vont voir leur dealer. Ou bien ils scrollent sans fin sur Internet comme des hamsters dans leur roue. Est-il en paix ou énervé d’ailleurs le hamster qui ne pourra jamais s’échapper de sa cage ?

Alors, ils se disent en paix. Ils peuvent renoncer, s’abandonner… Mais cette paix n’est qu’un masque, un drap jeté sur leurs défaites intimes. Certains parviendront à reprendre la main sur leur destin. D’autres se contenteront du « à quoi bon… ? » À quoi bon lutter, on finira tous de la même façon.

Il faut apprendre à vivre avec ses défauts et ses faiblesses

J’ai vu ça sur deux sites de coachs. La compétition est mortifère. Il faudrait définir ce que l’on entend par défauts et faiblesses. Celui qui a le défaut de péter à table ne fait pas que nuire à autrui, il ne se respecte pas. Il n’est pas de paix – de pet à paix ! – sans justice, ni liberté. Laquelle a ses limites. Pas de paix pour soi sans paix avec les autres. Pas de paix sans l’exigence éthique du respect d’autrui. Pas de paix si je ne suis pas capable d’être ce que j’attends d’autrui.

Ma gueule, je ne peux pas la changer. Mais je peux veiller à avoir bonne haleine.

Les canons de la beauté sont idiots, mais je ne dois pas me laisser aller à manger n’importe quoi et renoncer à bouger.

Il faut de la bienveillance et de l’exigence.

Pas de paix sans élégance. La paix est un cheminement éthique et esthétique qui n’attend pas le bonheur mais le construit.

Il faut accepter le passé et lâcher prise avec le passé

« Nous avons fait de notre mieux » dit une coach dans sa vidéo. Ben non, on s’est peut-être bien trompés. On ne peut pas revenir sur son passé. Mais on peut se dire qu’on a fait des mauvais choix… à la condition d’être capable de corriger le tir. Non pas que tel ou tel événement « serve de leçon » dans une fonction punitive mais plutôt pour nourrir l’expérience.

J’ai fait de mauvaises rencontres. Mais grâce à ça, j’ai pu développer une machine intérieure pour repérer les toxiques. Pas si mal si je ne sombre pas dans la paranoïa.

Il n’est pas de paix sans lucidité.

Il faut accepter ses émotions

Accepter est une chose. Comprendre et agir en est une autre.

Les raisons de la colère méritent un vrai travail.

En paix ?

Je dis la paix pâle et soudaine
Comme un bonheur longtemps rêvé
Comme un bonheur qu’on croit à peine
Avoir trouvé

On se souvient des vers d’Aragon en 1954. L’horreur de la guerre était passée par là.
Il ajoute un peu plus loin

Je sais je sais ce qu'on peut dire
Et le danger d'être endormi
L'homme au Zénith et le navire
A l'ennemi

La paix, il « faut » la faire « pour ». Alors que l’on fait la guerre « contre » un ennemi.

Il ne faut pas « faire la paix pour être en paix » , il faut « faire » la paix, c’est à dire agir pour construire, pour s’affirmer sans s’opposer et oser alors se rencontrer.

La vraie paix exige une capacité à ne pas avoir de secrets pour soi, à ne pas glisser la poussière de ses rancunes, de ses peurs et de ses chagrins sous le tapis. Pourtant la clarté que l’on croit avoir trouvée un moment pourra être assombrie demain.

La paix avec soi, c’est la capacité à se révéler à soi-même pour progresser, non pas « contre » mais en bonne intelligence, en bonne coopération avec soi pour pouvoir mieux rencontrer autrui.

Pour ne pas se suicider, la poésie

Être en paix avec soi c’est lutter chaque matin pour ne pas se suicider que ce soit par des habitudes mortifères, des renoncements ou de la violence contre soi.

Il faut une paix vivifiante qui soit le contraire de la mort et ose le risque de nous confronter joyeusement à l’imprévu.

En cela, la poésie qui sait dire mieux que toute démonstration, qui n’abaisse pas, n’assujettit personne, ne corrompt pas… la poésie qui sait nous aligner avec la vie, nous révéler à nous mêmes, à nos émotions, à notre capacité d’espérer et de nous émanciper de notre destin, est une source formidable pour alimenter la fabrique de paix.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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