Parlant de designer la vie notamment au travers de l’aménagement de la maison, je m’entends dire qu’il « faut » être minimaliste, désencombrer, jeter pour « libérer » l’espace. Je ne suis pas certain que ce soit toujours pertinent, ni pour l’esprit, ni pour bien vivre.
À la recherche de la cohérence poétique
On ne peut pas dire que l’espace soit très encombré chez moi. Je possède peu de choses, peu de machines ou d’accessoires.
Je ne possède rien de valeur. J’ai pourtant quelques objets qui ont leur histoire propre. Lorsque des amis passent à la maison, ils posent des questions à leur propos. Il y a souvent une histoire, parfois lointaine. Je possède par exemple deux portraits d’ancêtres du côté maternel, ou bien ce tableau de L. ou cette vieille caméra 8mm avec laquelle mon grand-père a tant filmé ses voyages et ses enfants.
Sans que ce soit une véritable collection, on trouve ici et là des petites voitures. Jouer aux petites voitures a été une véritable passion quand j’étais à l’école primaire. J’imaginais mille histoires. J’en ai beaucoup voulu à ma sœur qui offrit à mon insu ma splendide collection à son petit amoureux de l’époque.
J’ai conservé de petits cadeaux qu’on me fit, ils sont les reliquats d’histoires d’amour.
Il arrive que l’usure suppose une séparation. Ce vieux coffre à bijoux de ma mère, dont la marqueterie tombe en morceaux, je l’ai relégué. Il n’est plus présentable et mon courage sera de voir si je peux le transformer ou si je dois seulement m’en séparer.
Pour d’obscures raisons, des objets s’imposent alors que je ne les aime pas vraiment. Un éclair de lucidité et je les évince : vaisselle laide, vases moches… il en reste. Les placards sont leurs pièges.
Il n’y a pas beaucoup de choses, excepté encore les livres, mais je ne peux pas dire que je suis minimaliste même si je consomme peu.
Désencombrer oui
Nous avons tous dans l’armoire ces vêtements que nous ne remettrons jamais. J’ai beaucoup trop de rideaux, il faut que j’en donne.
Effet libérateur d’un espace gagné. Ne pas se priver de recycler… les chaussettes trouées font d’excellents chiffons pour cirer la table ou les chaussures.
Trier, ranger… pour un usage futur
Lorsqu’on a la chance de disposer d’un peu d’espace, des objets méritent parfois d’être conservés.
Il y a peu j’ai retrouvé un câble utile pour le téléphone… Mais d’autres obsolètes méritent la déchetterie.
Il faut sans cesse revenir vers ce qui reste, questionner les objets : ce qui peut-être réparé, transformé, changer d’usage… Cela suppose un rangement rigoureux. J’aime ça.
Toujours ces questions : est-ce que je l’utilise ? est-ce que c’est utile ? et dans mes choix subjectifs, est-ce que c’est « beau » ou me fait du bien ?
Le moment ultime
Il n’empêche, je sais qu’un jour, il faudra penser à mon départ final. N’ayant pas d’héritier, mon dernier travail sera d’éliminer ce qui pourrait encombrer, ce qui me ferait honte tant ce serait laid ou idiot (mes écrits).
Très vieux, je pense que je pourrai me contenter d’une Tyni House avec peu d’objets forcément et là, j’aurai appris à me passer de la bibliothèque pour ne garder qu’une dizaine de livres… Non, je n’irai jamais en EHPAD si c’est à ça que vous pensez… pas question de finir assisté.
Trouver une dynamique
Le risque en vieillissant, c’est l’accumulation ou que les objets ne vous retiennent dans le passé.
Il y a une dynamique à trouver tant que j’en aurai encore la force intellectuelle et physique.
Plus que le détachement des objets, je ne souffre pas de matérialisme, je n’aime pas posséder ou les signes de richesse, je dois pouvoir vivre en « fluidité » avec les objets, qu’ils n’encombrent pas, nourrissent la créativité, le bien être… la simplicité m’apaise… mais je veux aussi que ma créativité puisse trouver de quoi se nourrir y compris dans un désordre ponctuel et fécond…
C’est une sorte de dialogue où il s’agit de questionner sa relation présente aux objets : comment je vis avec eux maintenant, ce qu’ils portent parfois du passé et que j’accepte de conserver ou que j’aime conserver et ce qu’ils diront dans le futur entre utilité et encombrement.
Je vois que j’ai encore à faire pour alléger tout en choisissant parfois consciemment de conserver pour un autre usage, une transformation… de donner… ou d’éliminer.
Oui, dans la bibliothèque des livres sans intérêt ne méritent que de devenir pâte à papier… oui, je te vois toi la vieille boite qui ne sert à rien…

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