Hier, j’interrogeais la façon d’habiter nos maisons. Chez soi, chacun souvent a ses habitudes parfois bien ancrées. Sa place dans le lit ou tel fauteuil attribué, sa place à table… Les pièces ont leur destination. Notre fréquentation du jardin est structurée… Pourtant, expérimenter d’autres façons ouvre souvent de nouvelles perspectives… et nous transforme.
Hiérarchie et représentations
Je racontais hier ce que faisaient les familles de mes grands parents dans leurs maisons respectives.
Nous connaissons tous des amis qui ont une véritable bibliothèque… dans leurs toilettes.
Mais nous avons tous vécu ce moment où invité·e quelque part, nous avons découvert qu’il pouvait y avoir une place interdite… et pas toujours réservée à une personne vivante. La chaise du mort, la chaise du vieux, la chaise du chat…
Et nous mêmes…
Sans réfléchir, à la table de la cuisine ou de la salle à manger, si je suis seul, je prends place au même endroit.
Si je lis une bédé, ce ne sera pas dans la même pièce que si je lis un roman et encore différent si je lis un essai…
Mais pourquoi à cet endroit plutôt qu’un autre ?
Et que se passerait-il si je changeais ?
Au passage, les animaux ont leur lieu privilégié qui va changer selon les heures avec des rituels très marqués.
Déplacer les meubles
Adolescent, quand j’étais insatisfait, je déplaçais les meubles jusqu’à inventer des positions improbables qui pouvaient surprendre avant de revenir à des configurations pratiques.
Il m’est arrivé de changer « le rôle » d’une commode ou d’un placard.
Plus tard, par exemple dans l’appartement parisien, le salon est devenu la chambre… les amis étaient surpris et c’était une façon de déménager sans déménager.
Parfois c’est animé de raisons pratiques, faciliter la circulation, ouvrir l’espace… mais parfois j’ai pu le faire pour des raisons purement esthétiques, même si elles étaient sous-tendues par un mélange de motivations créatives et psychologiques… Oser autre chose, sortir de l’attendu. Et que se passerait-il si le piano passait de l’autre côté ?
D’autres changent bien de couleur de cheveux.
Le jardin aussi
Selon les maisons, on tend à occuper de façon plus ou moins présente, pour telle ou telle activité, tel ou tel espace du jardin ou de la terrasse.
Le thé sur la petite table ou dans l’herbe ?
Jouer avec le chien côté chemin ou côté salon ?
Changer de regard
Il suffit parfois de se positionner autrement pour que le regard sur un lieu, un jardin, une pièce ou un meuble change.
Cela fonctionne dans des espaces familiers et si cela modifie notre regard, notre appréhension des choses, il me semble que cela nous transforme ou change notre réceptivité.
Le petit polar, je le lis volontiers avec un café noir à la cuisine.
Le poème, je l’écris sur la table du bureau.
Mais si j’inverse, que se passe-t-il ?
J’habite autrement le lieu, je vis autrement dans le lieu…
On a tous fait l’expérience de réorganiser un placard, de ranger autrement ses vêtements ou ses accessoires dans la salle de bains… Certains changements vont devenir définitifs, d’autres ne seront que provisoires.
Tout le monde a fait l’expérience de changer de chambre pour des raisons pratiques quand on accueille une personne. Alors, on modifie indiciblement son rôle chez soi.
J’aime en tout cas pouvoir régulièrement observer, questionner, essayer… parfois, après quelques jours ou quelques mois, le changement sera annulé ou soudainement comme dans un « eurêka » , on trouve la disposition fluide ou la place idéale. Pourquoi n’y avais je pas pensé plus tôt ?
Il arrive aussi qu’il faille avoir le courage de se séparer de tel ou tel objet, de tel meuble…
Et c’est drôle enfin quand son point de vue personnel se croise avec celui d’une autre personne, de voir qui fera des compromis et pourquoi. Alors oui, expérimentons !

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