Quand la nuit dernière fut presque blanche dans les halètements du chien en souffrance, tes yeux clignotent à vingt heures et le froid s’insinue entre les cuisses sans une once d’érotisme. Ton espoir, ce sera de trouver le sommeil cette nuit et pouvoir le garder, égoïstement déconnecté des bêtises du Monde.
Un écrivain libéré
Joie tout à l’heure d’entendre la radio l’annoncer. Combien restent en prison ? Sous la coupole, si j’ai bien compris, on s’apprête à accueillir un vieux réactionnaire de plus. Quelle importance ? Ils ne méritent aucune dispute, aucune polémique. Laissons-les sous leur cloche à fromage. Dire que quatre femmes restent encore vivantes dans ce cloaque. Mais fuyez camaradesses ! Ayez ce courage et cet honneur de ne pas confondre l’Or de l’épée avec la vraie gloire.
Mais qu’on libère les écrivains ! Et que je lise enfin le roman qui me rafraîchira les tempes et les neurones ou m’ouvrira à des musiques neuves. Entre romans surannés et nouvelles conceptuelles, je m’emmerde ferme dans les livres en ce moment.
Budget de chien
La maladie du chien me coûte une blinde et le médicament tenté cette nuit lui a valu plus de déboires que d’améliorations.
À l’Assemblée ça vote par petits bouts des trucs incompréhensibles . De toutes façons, les comptes ne seront jamais bons. Quand je mourrai, je ne laisserai que de quoi me brûler. L’héritage ne tient pas dans l’argent que vous laisserez à vos petits. Mais dans les mots que vous leur direz. Sans parcimonie dans l’amour. Si vous les aimez bien sûr. Ce n’est pas fréquent des parents qui aiment leurs enfants avant de les posséder.
J’aime bien faire les comptes. Ça permet de veiller au grain.
Été indien
Les températures étranges nous ont permis de traîner au bord de l’eau. Mais dans les petits symboles de la météo à venir, j’ai vu pour la semaine prochaine, des annonces de neige.
Après tout, s’il neigeait assez pour en faire une fête au chien, pour qu’il se souvienne de son enfance dans les Alpes quand il courait dans les champs de neige et se jetait avec délices dans la poudreuse, ce serait chouette.
Tu ne te souviendras pas
Demain une sinistre célébration. Un sentiment d’amertume car je ne suis pas certain que les leçons aient été tirées.
Cette journée du douze fut donc marquée par la fatigue. Il y a peu de chances que je m’en souvienne, même dans un mois. Ce goût de cendres. Cette peur de voir le chien sombrer. Cet état si particulier de la fatigue qui donne soif. Ces journées qui font vieillir comme une cicatrice de plus sur la gueule.
Car dans tout de qui file ainsi entre saisons incertaines, la vraie question, celle qui taraude mieux qu’un canif qui creuse le bois : c’est vieillir. Ce poids là. Cette déchirure qui rend impossible toute illusion d’être confondu avec des âmes de sang neuf.
Ce n’est pas mourir qui m’ennuie, c’est l’affaissement devant le miroir. La mécanique tourne encore, pour combien de temps ? Quel vertige ! Aller folâtrer dans la compagnie des vieux vrille mon désespoir.
Voilà. C’est toujours amusant d’écrire épuisé. Ça vient comme ça peut. Peu.

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