Exercice de déconstruction : apprendre à allumer le feu « par le haut » et non par le bas. Le feu inversé est une façon de changer de paradigme, mais aussi de penser l’art du feu autrement. Valable pour vos poêles à bois et vos cheminées. Vous saviez ? Moi pas vraiment.
Faut que ça fume ? Ou pas…
Depuis petit, dans les livres de contes, dans l’imagerie d’une maison heureuse, on voit ces maisons dont s’échappent des volutes de fumée. Image rassurante, qui invite à entrer et se réchauffer près de l’âtre.
Pourtant c’est comme une auto. Une maison qui fume trop, c’est une maison qui pollue. Le bois est souvent associé à une image écolo. Il renvoie pourtant dans l’air des particules fines…
Oui, le bois limite le recours aux énergies fossiles mais il faut un équipement adapté et veiller à sa qualité et faire attention à sa mise à feu…
Changer ses habitudes et ses représentations
Depuis petit aussi, j’ai vu mon grand père placer le journal, puis le petit bois avant de finir par la bûche sur le dessus. Le foyer était ouvert…
Je me souviens d’amis qui sentaient le feu de bois. Leurs poumons devaient aussi profiter du feu. À l’époque on fumait dans les maisons…
Les poêles et les inserts sont arrivés.
Ici, chaque année c’est une ramoneuse qui passe. Conseils, analyse… son métier est devenu technique et exigeant.
Je ne sais plus comment j’ai trouvé ces conseils d’allumer le feu par le haut.
Au début, on a le sentiment que ça ne va pas marcher. Peut-être même que les deux ou trois premières fois, je fus un peu hésitant…
Chêne du causse
Les bûches c’est du chêne du causse. Du local. Le fournisseur est à moins de cinq kilomètres. Il faut aider à décharger le camion, ranger son bois…
Depuis que je suis là, je récupère le bois tombé des arbres du jardin, les branches venues des tailles. Je récupère même les branches et feuilles desséchées du palmier. Tout ça sèche dans une espèce de cabanon métallique où il est impossible de tenir l’été tant il y fait chaud.
J’ajoute un peu de petit bois du commerce. J’ai parfois récupéré des bûches de bois recomposées ou densifiées… Il parait que l’avenir est dans la production de bûches compressées à base d’épluchures ou de pulpe de pommes issues de la fabrication du cidre ou de jus de pommes…
Art de patience
Je ne me chauffe pas complètement au bois mais pour l’instant (en novembre), le chauffage principal n’a pas été allumé.
Il n’empêche que le feu permet de compenser l’humidité, de retarder l’allumage du chauffage principal.
Allumer son feu, suppose d’être à ce que l’on fait. Il faut de la méthode, de la patience, se centrer. Ce n’est pas un bouton qu’on allume. Il faut rester. Voir comment ça part, s’attacher à la beauté des flammes… Un autre rapport au temps. C’est un moment de poésie.
À chaque fois, lorsque le feu prend, il y a l’émotion intacte. Je n’ose imaginer celle de nos ancêtres pour qui ce moment était vital. Garder le feu…
Allumer par le haut permet de voir la petite flamme s’élancer comme celle d’une bougie, puis comment le feu va descendre vers la ou les grosses bûches. C’est un feu plus propice aux braises qui maintiendront plus longtemps de la chaleur.
Mon mantra illustré
Apprendre, créer, partager et prendre soin… ce mantra d’une journée réussie s’applique très bien ici : apprendre à faire son feu (par le haut) pour créer à chaque fois ce spectacle unique, le feu est un moment de partage, une façon de prendre soin de soi et des autres…
Je l’avoue, bien que la maison ne soit pas si bien isolée, c’est encore un des luxes dont je bénéficie ici, en pays de Rouergue…

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