Nous fréquentons des réseaux sociaux, nous lisons et écrivons des blogs, nous regardons et tournons des vidéos, nous cherchons et consultons les « intelligences-artificielles ». Le scroll et le like, la compétition à la visibilité sont nos ennemis. Ce qui compte ? Les liens et contenus de qualité !
Je reviens de loin
Si je regarde ma propre vie, je ne suis pas si vieux. J’ai tout de même majoritairement vécu sans portable et sans Internet. Au temps de ma formation, de mes premières années, la télévision était limitée en offres et en temps. C’est en grandissant que ma mère nous autorisait un peu plus de temps de télévision.
La question n’est pas de regretter le passé, mais simplement de rappeler qu’on a pu faire sans les écrans.
La part des écrans dans ma vie est aujourd’hui conséquente. C’est lors d’une panne l’autre jour que j’ai mesuré une forme de dépendance, d’impatience alors que finalement, pendant un jour – la durée de cette panne- , j’ai pu connecter mon ordinateur via mon mobile ou regarder la télévision via le réseau hertzien. Je n’étais pas coupé du monde.
Dans les années 90, j’ai appris à écrire des pages pour un site Web scolaire. Nous utilisions le logiciel Adobe PageMill outil de création de pages Web WYSIWYG (What-You-See-Is-What-You-Get). J’ai poursuivi ensuite avec un site professionnel destiné à mes étudiants. Il n’y avait pas de réseaux sociaux mais le site parvint assez vite à une certaine notoriété grâce à sa diffusion au sein des écoles normales d’instituteurs puis des IUFM. Il fut copieusement copié et servit même à des auteurs peu scrupuleux qui l’utilisèrent pour leurs productions « papier ». Il y avait du retour, des partages, mais on se souciait aussi peu des statistiques que du poids des images. Un compteur « manuel » s’affichait et comptait chaque passage… J’aurais pu tricher. À une époque pour rentabiliser le site, je vendais quelques fiches contre un code acheté par téléphone.
Vinrent successivement l’ère des outils « Google » et des réseaux sociaux. C’est surtout autour de 2010/2011 je pense que j’ai dû commencer à m’intéresser à WordPress tandis qu’en milieu professionnel je fus utilisateur notamment de Spip et Joomla. Avec WordPress, nous avons commencé par jouer avec le « kit complet » : les statistiques Google, les extensions à gogo… On ne parlait pas encore vraiment du poids des pages… Les articles étaient partagés automatiquement sur Facebook ou Twitter… Il fut un temps où je devais être présent aussi sur Linkedin, Pinterest, Tumblr…. Une espèce de fête où l’on dépensait sans compter pris dans l’ivresse du like, des commentaires et autres dispositifs. J’en étais venu à regarder les statistiques comme un animateur télé regarde l’audimat.
À partir de 2015 j’ai basculé progressivement dans l’Univers Linux. En 2018 le RGPD (règlement général sur la protection des données) a invité à se poser de nouvelles questions. Progressivement en même temps on a vu apparaître les questions de référencement, de visibilité, de poids des images pour un affichage rapide, d’écoresponsabilité… La crise du COVID est passée par là avec le développement du recours à la visioconférence. J’en ai fait des réunions à distance avec la chatte qui apparaissait à l’écran. J’ai acheté un ordinateur pré-équipé sous Linux Ubuntu. J’ai développé un site Web sous différentes formes… L’arrivée de Musk à la tête de Twitter, puis de Trump ont accéléré d’autres prises de conscience.
Aujourd’hui, après un travail conséquent, je ne fréquente plus qu’un seul réseau social, ce site est sans cookie ni statistiques, il est rapide et léger, très sécurisé, les images ne pèsent pas trop même si on peut toujours progresser.
Pour résumer, depuis l’époque un peu inconsciente où je faisais joujou, j’ai bien avancé et j’ai mis en ligne beaucoup de pages.
Fréquentant Mastodon et dans une moindre mesure Peertube, j’ai commencé à m’intéresser à la visibilité sur le Fédiverse. Je suis un adepte des flux RSS et j’ai commencé à partager des fichiers OPML qui permettent des partages de liens. J’ai découvert des dispositifs ou démarches comme ceux d’ActivityPub ou IndieWeb.
Le site est « presque » compatible mais est bloqué pour des raisons techniques. ActivityPub aurait permis de relier le site au Fediverse et favoriser des interactions. Indieweb permet par exemple quand on publie un article de récupérer des réactions qui pourraient être des « likes », des « partages » et des « commentaires » faits ailleurs. Pour l’un je devais abaisser la sécurité, l’autre augmentait le nombre de requêtes et d’extensions à installer… Dans un premier temps, j’ai pesté. J’aurais bien voulu. Dans un deuxième temps, je me suis dit « tant mieux ».
Le pari de l’intelligence et de l’humanisme
Tant mieux parce que si j’aime partager, j’ai été conduit à fermer les commentaires sur le site. Ceux-ci ont souvent lieu sur Mastodon ou si les gens ont des choses plus personnelles à me dire, il y a le mail, simple et direct.
Je ne veux pas m’inscrire dans la logique où j’écrirais pour l’applaudimètre, où j’orienterais mes choix d’écriture en fonction du nombre de partages ou de likes. Si des personnes apprécient, c’est tant mieux. Cela peut me faire plaisir… Mais je sais que les lectrices et lecteurs n’apprécieront pas forcément ce qui m’aura donné le plus d’efforts ou d’engagement.
Nous sommes dans une société où nous notons ce que nous achetons, le livreur, le film que nous avons vu, le spectacle auquel nous avons assisté… Tout cela participe du commerce et de la compétition. Cela tend à inféoder nos goûts ou nos opinions à ceux des autres ou limiter notre propre curiosité.
Ce n’est pas comme ça que je veux fonctionner. Je préfère la curiosité active et la coopération.
Je ne veux pas « poster automatiquement » un nouvel article sur les réseaux sociaux. Je souhaite pouvoir au moins dire un mot, personnaliser, l’envoyer à des amis.
Je ne veux pas écrire pour le « SEO » (Search Engine Optimization), je souhaite juste pouvoir être lu par qui le souhaite, qui me trouvera par hasard, pour répondre à une question, par sérendipité ou bouche à oreille.
Je peux coopérer en partageant un index, des curiosités numériques… je ne suis pas intéressé par le « clic à tout prix »…
En octobre 2025 le site a connu un bond phénoménal du nombre de ses visiteurs. J’ai trouvé ça presque inquiétant, on verra si ça dure… Ce que je veux dire, c’est que je préfère pouvoir échanger avec une salle pas trop grande et être compris, avoir des interactions « humaines » au sens « incarnées »… Les pouces levés, ça ne m’inspire guère.
Si elle s’est un peu affaiblie paradoxalement dans le quotidien, la puissance du « bouche à oreille » reste encore très forte et favorise des liens de qualité : c’est elle qui a permis à des artistes dont personne ne parle de remplir leurs petites salles… Si Jacques Bertin (chanteur et poète) n’a pas eu la célébrité qu’il mérite, j’aurais trouvé ridicule qu’il vienne chanter au Stade de France ou dans des émissions de variétés débiles.
L’image vaut ce qu’elle vaut mais il me semble que ce qui compte c’est la possibilité de partager des liens intéressants, avec des contenus qui enrichissent, apportent… le tout dans un cadre éthique. Les échanges doivent être de qualité, attentifs. On ne peut pas tout multiplier, pas tout lire… Mes journées sont trop courtes.
Ce n’est pas l’idée du « happy few », je suis ravi de toucher des personnes ou des cercles éloignés, mais l’idée de cohérence, d’alignement…
Je suis très heureux quand je découvre des univers personnels notamment grâce à Mastodon. Des talents, des personnes, des petites marques de sympathie… Cela fait du bien non pas dans une optique quantitative mais vraiment qualitative… Pourquoi j’écris, pourquoi je fais signe, quel retour j’attends et qu’en fais-je ?
Il y aura toujours des marchands. Mais je ne parle pas de chiffre d’affaires, de statistiques… Je parle de choses que je peux apprendre, de la possibilité de créer, de partager en prenant soin d’autrui comme de moi-même… Je ne veux pas avoir à me nier dans l’outil, ou renoncer à mes valeurs. Et au final les outils que j’évoquais plus haut risquaient de ne pas m’apporter de plus-value qualitative…
On retrouve les filtres inusables du père Socrate : est-ce vrai, est-ce bon, est-ce utile ? Petit mantra à ne jamais oublier.


Un mot en retour ?