Pour clore le festival de théâtre de Figeac, c’était : « En attendant Godot« . La compagnie « L’ Aurore Boréale » venait de quitter le festival d’Avignon où le spectacle a été crée en juin 2025. Ce dimanche 27 juillet 2025, malgré les ondées, nous avons pu nous délecter d’un pur chef d’œuvre subtilement interprété.
Sublime incarnation
J’avais aimé lire la pièce. Il y a bien longtemps. Enfin, cela faisait vingt-ans que je ne l’avais pas relue et je ne l’avais jamais vue en scène. Les mots en sont si puissants, la force poétique si marquée que j’ai les ai retrouvés dans la bouche des acteurs comme s’ils réactivaient les limbes de la mémoire.
Dans une lettre à Michel Polac qu’il lui adresse en 1952 et qu’on trouve en quatrième de couverture, Beckett confie : « Je n’ai pas d’idées sur le théâtre. Je n’y connais rien. Je n’y vais pas….Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention. Je ne sais pas dans quel esprit je l’ai écrite. Je ne sais pas plus sur les personnages que ce qu’ils disent· »
Et j’aime cette idée d’un auteur qui ne théorise pas sur sa propre œuvre, qui n’intellectualise pas, ne scolarise pas ses propres écrits.
Jacques Osinski a mis le texte en scène. Évitant les pièges d’une réinterprétation ou d’une modernisation, la partition est respectée jusque dans les didascalies.
Jacques Bonnaffé, Denis Lavant, Aurélien Recoing, Jean-François Lapalus et à l’écran Léon Spoljaric Poudade tiennent le plateau comme s’ils avaient été faits pour ces rôles. Voilà le théâtre comme je l’aime. Des rôles habités jusqu’à l’os. Excellents jusque dans les silences. Présents, ils prennent chair par le texte. Une émotion généreuse qui laisse espérer de l’humanité malgré le pire dont elle est aussi capable.
Le ciel pleurait
En plein air, quelques ondes légères sont venues nous effleurer.
« Les larmes du monde sont en quantité constante. Pour chaque personne qui pleure ailleurs, une autre s’arrête. »
Par chance, j’étais assis parmi le parterre. Je pouvais les voir de près.
Le lendemain, je reste encore saisi d’une émotion douce après ce spectacle. Images puissantes d’un dépouillement hautement raffiné. Quel beau cadeau ! “Essayons de converser sans nous exalter puisque nous sommes incapables de nous taire, » est-il dit à un moment. L’exaltation tendre est encore là. Voilà un spectacle qui nous emplit et sait parler à notre enfant intérieur, s’il est encore vivant bien sûr.
La leçon
Non pas une leçon par le haut, savante ou péremptoire, mais une leçon par l’exemple d’une performance ajustée à l’intention. Tu crois que c’est absurde ? C’est seulement que cela touche juste, un point sensible.
Le spectateur apprendra sur lui-même, le poète à mieux écrire et l’acteur à habiter son personnage, à y entrer jusqu’à nous faire oublier son existence personnelle. Une sacré ligne à suivre, l’humilité de l’artiste, son travail d’artisan et la puissance d’un texte qui reste essentiel.
Quelle belle fin de saison pour le Festival de théâtre de Figeac ! Quel espoir !

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