La nuit des hiéroglyphes à Figeac


La nuit des hiéroglyphes spectacle joué à Figeac en juilllet 2025

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2–3 minutes

Aux limites de l’art officiel, voilà un spectacle qui a su mêler musique, art de la scène et de la vidéo dans une composition savante. Présenté à l’Institut de France pour les célébrations du bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion il y a deux ans, une reprise était proposée à Figeac dans le cadre du festival de théâtre.


Le quatrième spectacle

J’ai choisi de voir cinq spectacles lors de ce festival. Le festival est conduit à évoluer. Pour l’instant, ce qui manque un peu c’est à la fois une colonne vertébrale lisible, un axe clair. Je regrette la timidité face aux créations. On peut dire que c’est bien de remettre la focale sur des spectacles de qualité déjà présentés ailleurs, souvent deux ans auparavant, comme puiser dans un capital à disposition, mais le côté novateur manque tout comme une ligne directrice qui animerait de façon lisible la sélection. Le festival, je ne cesse de le répéter, a son public acquis. Ce sont des retraités bourgeois qu’on ne va pas trop bousculer. Il manque une démarche active en direction de la jeunesse. Peut-être qu’en implantant davantage le festival sur le territoire de la communautés de communes on avancera.

Figeac a su tirer parti d’être la ville natale de Champollion. La petite ville est active, vivante, sait mettre en avant son patrimoine. Le musée Champollion est remarquable, intelligent et moderne.

Le spectacle vu hier soir est un spectacle de commande. France Mémoire l’a commandé, il n’avait été présenté qu’une seule fois en 2022 à l’Institut de France et c’est dommage, parce qu’il aurait été intéressant de le présenter notamment aux scolaires ou même d’en tirer une version filmée pour Arte. C’est réussi, mais on voit bien les limites d’un spectacle de commande, toute subversion y est interdite. On occulte soigneusement les ambiguïtés et les désastres de la campagne d’Égypte. Le spectacle évoquera seulement la capacité du frère de Champollion a faire allégeance aux puissants en fonction du vent…

La nuit des hiéroglyphes

On effleure le mode du conte pour aller vers celui du récit. Une harpe, une bande son très travaillée, un comédien-récitant qui toutefois bougera de temps à autres, des éclairages soignés, la vidéo qui dépasse la fonction illustrative pour apporter sa couleur, sa profondeur et la part de mystère, cette composition savante mérite d’être saluée.

Le texte et la mise en scène sont de Benjamin Lazar qui dit le texte. David Chaillou a écrit la musique. La partition est contemporaine. Clara Izambert tenait la lourde harpe, jouait aussi d’accessoires sonores. Joseph Paris est l’auteur du très beau montage vidéo.

On parvient à comprendre la vie de Champollion, les liens qui unissent le cadet à son frère aîné, sa précocité et son talent incroyable pour les langues orientales, cette curiosité insatiable qui se centrera sur le déchiffrement de la Pierre de Rosette. On comprendra comment venant et revenant sur les mystérieux hiéroglyphes Champollion a su faire preuve de sérendipité.

C’est beau, bien fait, incite à la rêverie, tient le public une heure trente, enseigne, enrichit… Cela manque peut-être un peu de tripes, d’impertinence, c’est un spectacle sage même s’il a le mérite d’oser mêler différents arts.


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