Sur le causse avant sept heures…


des moutons sur le causse dans le Quercy

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2–3 minutes

Le chien veut toujours sortir. Mais la chaleur serait mortelle. Alors puisqu’il réveille la maison à cinq heures le matin, nous grimpons tous les deux sur le causse avant sept heures… Loin des télés, des radios, des réseaux, c’est là que nous buvons d’autres nouvelles du monde.


Les sonnailles en guise de jingle

Avant de les voir, les moutons s’entendent. Un simple fil les sépare du chemin. Il y a la brebis qui commande l’exploration et toujours un curieux, un qui se singularise, qui nous regarde, qui entre en communication.

Les moutons c’est comme les humains. Je suis toujours intéressé par celui qui ne sait pas ou ne veut pas suivre le groupe. Il n’est pas loin. Il les regarde, il les suit plus ou moins, mais lui (ou elle) n’est pas dans le groupe.

Pas de berger en vue, les animaux ont la colline pour eux. Il arrive qu’on entende au loin braire un âne depuis sa ferme. Ils sont meilleurs gardiens que les chiens…

Il y a quelque chose du clapotis de l’eau qui dévale le rocher dans la façon dont les cloches chantent entre elles. Une composition collective qui les agite. Le troupeau est mobile, assez rapide. Plus tard, ils trouveront un peu d’ombre pour se réfugier. Après tout je me demande si ça n’énerve pas un peu les bêtes ces sonnailles. On dit que ça fait peur aux prédateurs, que ça aide le troupeau a faire cohésion. Oui, sauf pour notre rêveur. Il s’est montré passionné par la vue de Galou le gros chien… même pas peur. Galou lui préfère les veaux et les chevaux.

À sept heures le matin, le soleil est encore à l’horizontale juste au dessus du causse. Nous l’avons souvent dans les yeux. Galou est à son bonheur. Il n’en laisse pas une miette. Cette aptitude au bonheur, aux odeurs de la vie, cette façon d’être et de boire le présent, je ne m’en lasse pas. Quelle leçon !

Nous sommes loin des colères imbéciles du Monde. Dans la méditation à laquelle la mastication lente des ovins conduit, les pensées voguent toutefois vers l’Iran où deux membres de la famille attendent de pouvoir rentrer. L’inquiétude sourde ne saurait s’évanouir malgré l’horizon ouvert…

Le soleil me fait géant

Geant

Il est si bas encore que l’ombre projetée est immense. Me voici géant sur mes échasses d’espérance… Je vois ainsi par dessus les montagnes jusqu’à la mer, jusqu’aux confins lointains, jusqu’au bord de la planète, jusqu’au vide…

L’air est encore doux, sous mon pas les cailloux roulent sur la terre sèche. Je pourrais presque déraper.

On annonce pour demain soir un orage sévère. La dernière fois la chatte avait choisi le placard pour refuge.

En attendant le soleil se donne à cœur joie et nous stigmatise dans nos faiblesses. Nous ne pourrons pas rester longtemps. Un café nous attend dans la vallée.

La fabrique à souvenirs

Mon cerveau filme chaque moment. Ne rien oublier jamais de ces moments. Oui c’est simple. De cette simplicité apparente, cette fluidité qui nous prend vulnérables et admiratifs de la journée qui commence. Suspendus à ce miracle. De quoi aurions nous besoin là-haut sur le causse, quand pour notre petit déjeuner nous dégustons des morceaux entiers d’éternité ?


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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