Alors, il a perdu sa médaille ?


Георгий Константинович Жуков в военной форме

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5–8 minutes

La nouvelle est tombée. Un ancien président condamné par la Justice vient d’être exclu de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite. Les uns minimisent, les autres s’attristent ou se gaussent. Médailles et décorations font partie sinon de notre quotidien, en tout cas des « traditions » que l’on ne questionne plus et l’on entend peu de critiques à leur égard. Pourtant il y aurait à dire…


On la donne à n’importe qui

On entend souvent dire qu’on distribue les décorations un peu facilement. Chaque année la liste des impétrants notamment au sein de la Légion d’honneur est commentée, critiquée, jalousée peut-être…

C’est le sinistre Premier Consul, Napoléon Bonaparte qui créa l’ordre de la Légion d’honneur. « Un ordre qui soit le signe de la vertu, de l’honneur, de l’héroïsme, une distinction qui serve à la fois la bravoure militaire et le mérite civil ». Faites ce que je dis, pas ce que je fais parce qu’en matière de vertu et d’honneur cet autocrate qui ruina le pays n’était évidemment pas exemplaire !

On a supprimé la francisque. Selon Wikipédia, « pour obtenir cette décoration, tout demandeur devait remplir sa demande sous la forme suivante : « Je soussigné, déclare être Français de père et de mère, n’être pas Juif, aux termes de la loi du 2 juin 1941 (J.O. 14 juin 1941) et n’avoir jamais appartenu à une société secrète » »

Il faut la demander pour l’avoir

Je fais partie d’un ordre modeste, j’ai même été « élevé au grade d’officier ». En réalité, non, je n’ai rien demandé. Le premier grade, je ne l’ai pas refusé par pur intérêt. Ça se glissait ostensiblement dans le dossier de candidature à un concours, comme un petit signe d’entre-soi. Le deuxième grade, m’a été attribué de façon quasi automatique. On ne demande rien, on ne touche rien, et dans mon ministère, le récipiendaire reçoit un joli diplôme qu’il peut afficher au dessus de son lit, mais doit se payer lui-même sa décoration s’il veut la porter au revers de sa veste.

Car oui, ça peut se porter. On évite la « grosse médaille » , on ne met que l’insigne discret, sinon on passe pour un bouffon.

Un de mes grands-pères reçut la plus haute distinction scientifique dans son domaine. Nous ne le découvrîmes qu’à sa mort. Et j’ai trouvé plutôt beau qu’il le cache à sa famille : la vraie humilité. Surtout que lui, c’était un vrai savant, un vrai découvreur.

Ni honte, ni fierté

Mon supérieur hiérarchique à l’époque avait été déçu et surpris que je ne fasse pas de sauts de joie en recevant la décoration ou que je ne me confonde pas en remerciements.

Je me souviens d’une collègue entrant dans l’ordre, qui avait fait un discours au moment de sa remise de décoration lors d’un cocktail officiel. Elle avait trop dû regarder la cérémonie des Césars et se perdait en remerciements jusqu’à sa famille, son mentor, son mari… je ne sais pas si le caniche n’a pas été cité et ci et çà…

J’en ai vu d’autres s’assurer que tout le monde était bien au courant et faire des pots et des discours encore… Ah la beauté du service rendu au pays !…

Les gens aiment ça les remises de prix…

En CM2, quand on était parmi les premiers, nous avions droit à l’époque à des bons de la Caisse d’épargne. J’ai dû recevoir dix francs. À l’époque ce n’était pas rien, enfin, je n’avais jamais cette somme dans les mains.

François mon voisin de table me regardait, pas jaloux… Provocateur j’avais répondu :

je m’en fiche de cet argent !

t’es même pas chiche de le déchirer !

Je fus chiche. Le maître qui vit cela s’étonna, ne comprit une nouvelle fois pas les réactions de l’un de ses « chouchous ». Il ne me gronda pas car il me passait tout et recolla scrupuleusement les morceaux séparés par mes mains rageuses.

C’est qu’intimement je ressentais déjà dans cette distinction une forme d’asservissement au modèle du bon élève qu’on me priait d’être… et cela ne m’enchantait pas.

Il y avait (et toujours) en moi le sentiment que ma réussite devait plus à mes facilités qu’à de véritables efforts et mon copain, le grand P, qui avait redoublé deux fois et tenait le mur du fond de la classe, ce copain pour qui « dix francs » auraient bien aidé sa mère, lui, ne risquait pas d’obtenir un prix trop loin de ses compétences de l’époque. Comme il m’avait dit un jour, « — tu savais déjà lire avant de venir à l’école. » Lui son père était tombé d’un échafaudage et sa mère manquait de temps pour l’aider. Plus tard, il a fait le même métier que son père.

Des années après, devant réglementairement proposer à mon tour des personnes pour être « décorées », j’ai pris la précaution d’interroger avant les concernées afin de savoir si ça leur ferait plaisir… et je veillais à la parité avant que cela ne fut au menu.

Des colifichets

Ces médailles sont pour la plupart des colifichets qui flattent notre orgueil. Tout en ayant l’air de m’en amuser et ne me prêtant pas au jeu des cérémonies, je vois bien que j’avais été à l’époque un peu attrapé ou flatté. J’avais tout de même autour de moi assez d’amis lucides pour se moquer et je me fis vite discret.

Je mettrais un distinguo si je pense au pompier qui sauve une vie… mais on oublie souvent le médecin qui fait de même ou l’assistante sociale qui aide une famille à se tirer d’affaires… mais même ces « justement » décorés, mériteraient un soutien et une reconnaissance au quotidien plutôt qu’une distinction ponctuelle.

L’une des pires est la médaille du travail, remise après 40 ans de bons et loyaux services qui sentent bon la vassalité… Médaille en chocolat s’il en est.

La médaille reste fondée sur le modèle périmé de la compétition, d’une pseudo élite qui se dégagerait à renfort d’efforts.

Il ne faut pas être grand analyste pour noter que celles et ceux qui obtiennent le plus de décorations sont majoritairement issus des mêmes classes et milieux, reproduisant une forme d’aristocratie où il s’agit surtout par la cooptation de protéger un système, une vision, un pouvoir…

Combien de héroïnes et héros du quotidien resteront invisibilisés malgré leur dévouement, leur engagement, leur capacité à faire vivre leur adelphité ?

Je sais bien que certaines et certains sont « fiers » de leurs décorations et sincèrement altruistes… mais avons-nous réellement besoin de ces bouts de métal et de ruban pour savoir ce que nous sommes capables de mener à bien ? Peut-on croire sincèrement que la Société aura quelque chose à faire de ses « héros » d’un jour ou d’une carrière ?

Soudainement, je me demande si certaines et certains se font enterrer avec leur décoration… À l’incinération le métal doit fondre.

Si tout le monde ne fait pas des pieds et des mains pour être décoré, combien de sombres crétins ai-je vu décorés simplement pour féliciter leur art de manier la brosse à reluire ?

L’asservissement tient tout autant dans la façon de tenir à sa main celle ou celui qui « servira l’ordre » que dans la façon de maintenir dans l’ombre d’autres qui auraient tout autant de mérites.

Qui a le plus de mérite ? Celui qui est passé de 18 à 20 de moyenne ou de 4 à 11 ? Pourtant le deuxième n’aura aucune mention à son diplôme…

Inaudible

Non, non, je ne cherche pas à être vraiment entendu sur ce sujet… mais je crois qu’en tirant le cordon ou le ruban, on voit sur quels modèles nos sociétés se sont bâties…

On comprend pourquoi les militaires disposent d’une palanquée de médailles et décorations diverses… Il en avait combien sur la poitrine ce bon vieux Joukov ? Qui les lustrait pour les faire briller ?

Enfin, le petit Nicolas pleure. On lui a confisqué ses machins. Et on lui a même repris son bracelet. Pays ingrat !


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