Pour faire le plein de poésie, nous sommes allés ce matin voir le soleil levant sur le causse. De la joie, de l’émerveillement, une nostalgie et de la tristesse, presque de la colère aussi. Tout cela mêlé dans un enchevêtrement de douceur, de rêverie,d’amertume mais d’attachement et d’espoir.
Encore et toujours la joie de Galou

Je vous parle si souvent de Galou. C’est pour lui que l’été est le plus difficile. Mon beau vieillard de cent vingt ans que l’arthrose martyrise, connaît des essoufflements, des chutes subites quand le cerveau ne contrôle plus les pattes… Il a beau être soigné, la chaleur l’accable. Mais il conserve la tendresse, la joie de jouer et ce besoin d’escapades même si nous sommes loin des dix kilomètres d’antan. Pour éviter les grandes chaleurs, nous montons sur le causse lorsqu’il fait encore frais. Il y a tant à humer ici et il est sensible comme moi à la magie du lieu. J’aime quand il va de son pas résolu, passe devant comme autrefois, preuve de son intention d’aller de l’avant.
Je ne devrais pas penser au fait que cette image, je la regarderai peut-être bientôt avec nostalgie. Les liens de dépendance sont accrus mais il sait être généreux en amour pur. Tout au long de sa vie, il ne cesse de m’offrir des expériences incroyables, de m’enseigner notamment à me relier au présent.
Les chevreuils
Point de superstition chez moi, mais je sais que si je croise un chevreuil, ma journée sera embellie et forcément réussie. Ce matin, dans un champ, ils étaient trois. J’ai garé la voiture pour les admirer. Deux grands, un plus jeune. Comme à leur habitude, ils se sont fixés un moment pour regarder dans notre direction. Il n’y a pas plus attentif. Je ne sais pas si Galou les a vus, il regardait aussi, les oreilles dressées, sans aucune agressivité.
Je ne conçois pas comment on peut imaginer dézinguer des bêtes aussi gracieuses et poétiques. Cela dépasse mon entendement.
J’ai voulu les photographier, ont-ils pressenti un danger ? Ils se sont enfuis dans des bonds gracieux et ont disparu dans le bois.
Un ciel sali de cendres

Les grands incendies de l’Aude nous apportent parait-il de la pollution et la couleur un peu étrange du ciel ce matin, doit aux salissures de cendres.
Alors, on est mélangé : le soleil qui se lève est incroyable,en quelques minutes la température monte déjà. Il me rappelle ces soleils rouges d’Afrique. L’herbe est sèche.
Nous avons été interrompus dans notre rêverie par une auto qui arrivait. C’est une dame que j’ai déjà vue. Elle est volant de son diesel qui pue et bravant l’interdit qui réserve ce chemin aux riverains, elle fait courir son chien devant. du coup, ça donne envie à Galou de courir avec le copain… mais sa machine a lui ne suit plus.
Les crétins des cazelles

Je vous les montre souvent. Peut-être que je ne devrais pas…
Les marcheurs de Compostelle ont appris à y faire escale. Construction récente, l’endroit est magique avec une vue incomparable.
Ce matin, depuis le chemin, nous avons d’abord surpris une jeune femme faisant caca au milieu des herbes. Elle ne fut pas fière quand elle compris qu’on voyait parfaitement ses fesses. Elle eut du mal à répondre à mon bonjour et je n’accrus pas son humiliation en lui rappelant qu’à cent mètres, il y avait de belles toilettes sèches…
Devant les cazelles, plusieurs voitures étaient garées. On se serait cru en ville. Ils étaient nombreux à dormir dedans et autour. Ils avaient manqué le lever du soleil ce qui pour moi est fort dommage, mais le plus affligeant c’est qu’ils avaient garé leurs voitures le plus près possible des cazelles barrant la vue magnifique avec leurs bagnoles. J’aurais eu moins de retenue je me serais mis à chanter pour réveiller tout ce monde…
J’ai éprouvé le sentiment sourd du colonisé qui doit subir la vulgarité de l’envahisseur.
Peut-être sous ma colère, y-a-t-il aussi la force de l’attachement à ce pays encore nouveau que j’explore avec émotion et gratitude. Le Quercy et le Rouergue sont des hauts lieux de poésie et ça visiblement ces gars et filles ne l’avaient pas compris… J’ai aimé de nombreux lieux, mais ici… chaque matin est un nouveau coup de foudre.

Mine de rien, déjà le causse roussit. Nous allons bientôt entrer dans un nouveau festival de couleurs.
Si vous saviez comme je bois ces paysages, comme je me sens à la fois relié à l’éternité et au présent en les contemplant… J’envie le rapace quoi voit tout ça de haut.


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