J’habite un chemin. Le chemin derrière la maison monte sur le Causse. La pente est abrupte mais à 7h40 j’y étais ce matin pour cette boucle dont le retour se fait par la vallée du Lot jusqu’à la maison.
Les pleurs de Galou
Comme lorsqu’il était tout bébé, Galou pleure si je le laisse maintenant. Vieux chien, l’arthrose ne lui permet plus de grimper la moindre côte malgré les traitements. Encore moins par les jours de chaleur. On n’emmène pas un vieux monsieur de cent-vingt ans grimper sur le causse. Mais j’étais en réalité aussi triste que lui et je culpabilisais bien de le laisser seul, de marcher sans lui…
En marchant là haut, j’étais mélangé de la joie de ce ce que je voyais et de la tristesse de me dire que je ne vivrai plus ces grandes balades d’antan avec lui, quand il courait par les montagnes ou allait jouer dans les vagues. Il faisait dix fois notre trajet en fonçant joyeusement. Il est vivant, joyeux, joueur… mais il faut se faire lentement une raison. Et comme il sera le dernier chien…
C’est là que j’ai vu que seul, je reprenais un tempo dynamique. La pente est rude. À monter, puis à descendre, les fessiers, les cuisses et les mollets travaillent gentiment. Ne pas rouler sur les graviers dans la descente !
S’emplir les poumons. Respirer pleinement, pas seulement par la bouche. Admirer…
La nature est bruyante !

Ne croyez pas que la nature soit silencieuse ! Ce matin les oiseaux partout s’en donnaient à cœur joie. Ça frisait le tintamarre ! Toute cette vie. Tous ces chants. J’aimerais savoir dire les différentes espèces qui se répondent au grand concert. Et les insectes qui commencent aussi à faire la fête, comme le soleil était là…
Pour être honnête au fil de la promenade, on entend quelques voitures dans la vallée, ça résonne et moins poétique, le chant des tronçonneuses. Je ne sais ce que les gens tronçonnent mais c’est une passion locale.

Une fois hissé, on peut admirer d’un côté le Quercy et le Lot et de l’autre les étendues offertes du Rouergue jusqu’à Villefranche. Il y a quelque chose à la fois de protecteur, d’aimant, rassurant et magnétique et un sentiment de liberté qui émane du paysage.
Après un kilomètre de faux plat, on peut s’approcher de la falaise qui domine le Lot mais c’est dangereux, la descente est rapide vers le village et son château.
Ici, le matin c’est très calme. Pas de commerce, pas d’école hélas et de nombreuses maisons encore fermées attendent le retour des estivants.




Ce château, lieu fort du village s’il en est me fait à chaque fois penser aux contes…

Le retour s’effectue par la vallée et permet d’admirer l’emblématique pont métallique. Jusqu’à la maison, il faut compter un peu moins d’une heure trente.
Le chien pleurait encore à mon retour, m’avait-il entendu ?
Mélangé
Il y a un an, un peu moins, nous avions pu encore faire la balade ensemble, même s’il en était déjà revenu fatigué. Je continue pour moi, je continue pour lui dans ce mélange très étonnant de tristesse et de joie, de plénitude et d’espoir…
C’est ça qui est agaçant lorsqu’on vieillit, on poursuit les choses sans la présence de ceux qui ne peuvent plus ou qui ont disparu.
J’ai croisé une biche gravide. Elle semblait surprise de me voir dans son chemin si tôt. Elle avait forcément ce regard qu’on connaît aux biches, un regard très doux et tendre, avec un léger voile de tristesse et de crainte…
Mais croiser un chevreuil, une biche… c’est toujours pour moi un bon présage…

Un mot en retour ?