La patience du doute…


Cairn

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4–5 minutes

Ce n’est pas le refus de prendre parti. La patience du doute, c’est ne pas se laisser attraper par les querelles, polémiques, disputes, positions qu’on est sommé de prendre en fonction non pas des véritables urgences de la vie mais du bruit médiatique. La patience du doute c’est ne pas se précipiter pour penser sans preuves. S’il est difficile d’être objectif puisque chacun a son regard selon sa place, une opinion se construit au croisement de valeurs et de faits aussi vérifiés que possible, avec le recul et la mise à distance nécessaires.


Tous des menteurs ?

Le réquisitoire, le soupçon, la mise en cause… La défense, l’attaque, la réplique. Nous voici dans une cour de récréation qui aurait mal tourné. Tout se joue aujourd’hui comme s’il fallait non pas résoudre nos nombreux problèmes mais cliver, se disputer pour s’accuser mutuellement… pas sans raisons souvent mais avec une telle mauvaise foi qu’on entend déjà,  C’est celui qui dit qui l’est !

L’actualité m’offrait ce matin sur un plateau l’occasion de constater et ce n’est pas nouveau, une instrumentalisation de part et d’autres autour de polémiques qui ne sont pas sans intérêt mais qui se déroulent dans un tel climat qu’il est impossible de penser et d’avancer tant les tensions sont exacerbées.

Cherchant un peu, je trouve aisément de quoi bousculer mes propres représentations, alimenter mon trouble. Ce qui est éprouvant, ce n’est pas d’avoir à remettre en cause son propre point de vue sur telle ou telle question, c’est l’insécurité qui règne jusque dans les espaces fort limités d’échanges.

Dans la vie quotidienne, la vie sociale de tous les jours, les personnes que je rencontre, ont laissé depuis longtemps ces querelles aux télévisions, aux réseaux sociaux et à Paris.

L’abstention ne vient pas de nulle part.

L’impuissance ne tient plus seulement dans le sentiment qui préexistait de ne pouvoir agir sur les événements du Monde, mais dans l’impossibilité de nous parler tranquillement sans être happés ou ou mis en cause par les uns ou les autres. L’essentialisation d’autrui est devenue une véritable maladie dans tous les rangs…

Un grand sentiment de fatigue

Je ne supporte plus les émissions de télévision où les journalistes n’interrogent plus qu’au service de leur propre vision quitte à tirer les conclusions à notre place, je ne supporte plus les vidéos YouTube « démonstratives » aux ficelles grossières avec la palanquée de commentaires acquis en général à la diffusion d’anathèmes, de ressentiment, de rancœur. Ces jours-ci, même le paisible Mastodon n’a pas toujours bonne haleine.

Rien ne servirait d’entrer à mon tour dans la compétition, dans la course aux arguments et aux contres arguments. C’est épuisant et ça ne mène pas à grand chose.

C’est du gâchis

Des personnes intéressantes, souvent brillantes, je les vois se compromettre en faisant la morale à d’autres tout en trempant leurs doigts dans le pot de confiture. C’est de la moraline, rien d’éthique dans ces sommations, ces raccourcis, ces exigences de se justifier, de s’amender, de s’excuser…

Quelle perte de temps pour ne pas agir dans le concret ! Quelle indécence à prétendre parler au nom de victimes pour les mettre au service de sa propre idéologie. On peut hélas s’attrister de voir que c’est devenu monnaie courante notamment au sein de la classe politique.

La première résistance

C’est refuser de se laisser prendre au piège des bavards, des avocats de plateaux télévisés, des experts auto-proclamés, des indignés de canapé. C’est revenir vers la vie. La vie réelle et demander à ce que l’on nous montre le réel des guerres, des troubles, des crises, du vécu des personnes, au lieu de commenter à distance. Il faut que nous exigions le retour d’un journalisme de terrain, d’investigation (pas les mises en scène comme celles d’une journaliste qui court dans la rue après des nantis avec un micro). Il faut aussi que les philosophes fassent de la philosophie pas du commentaire. Il faut que les politiques travaillent à construire des solutions pas à inventer des lois supplémentaires inapplicables et qu’il faudra remplacer demain matin par d’autres lois hors sol ou plus coercitives encore.

Il faut que les gens prennent leurs responsabilités et ne dilapident pas leur énergie dans des conneries.

La patience du doute c’est laisser le serpent de la bêtise se mordre la queue et sortir du jeu, respirer, se dire que le réel n’est pas là, le réel est dans ce que nous vivons, ce que nous touchons du doigt et dans la rencontre.

Je me dis tout cela parce que j’ai failli me faire hameçonner aujourd’hui dans des discussions vaines, bêtes et méchantes à mille lieux du quotidien.

Cela ne veut pas dire que j’adopterai une position de (fausse) neutralité mais que je ne veux pas me laisser commander mes positions au gré de la première dispute venue en fonction des personnes qui parlent.

La colère frise, mais je ne veux l’orienter contre personne. Juste dire que je ne suis dupe ni des uns, ni des autres.

Et ceux qui ne doutent pas, sont effrayants.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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