Il fallait que je vous raconte. J’ai été nommé proviseur cette nuit. Précisément vers deux heures du matin. Autant vous dire que cette nomination ne m’a pas réjoui. Mais il fut impossible de refuser. Et je me suis donc retrouvé dans l’urgence en charge d’une situation fort difficile.
Le téléphone a sonné
Quand j’ai décroché, franchement je dormais profondément et il me fallut un moment pour comprendre qui me parlait et ce que l’on me voulait.
C’était le rectorat. Celui de la région où j’habite à présent. J’ignore comment ils ont pu avoir mon numéro de téléphone. La voix s’excusait mais se faisait insistante. Un directeur de cabinet de Recteur ou quelque chose comme ça…
On me nommait sur demande expresse du Recteur, la ministre informée suivant l’affaire. Je devais dès que possible rejoindre ma nouvelle affectation, un établissement dépourvu de responsable, en situation difficile.
Je commençai par expliquer que d’une part j’étais retraité et d’autre part que je ne connaissais rien au second degré, que je n’avais aucune envie de reprendre du service… La voix me parla d’un décret de réquisition en cas de crise auquel je ne pouvais me soustraire, parce que j’avais anticipé mon départ et qu’on risquait en cas de refus de considérer cela comme un abandon de poste et me priver de ma retraite.
Je tentais même d’expliquer que j’habitais en pleine campagne, que me déplacer était difficile, que j’avais un vieux chien ne pouvant rester seul… On me précisa que je disposerai d’un logement de fonction et qu’un agent de service en effectuerait l’entretien à titre gracieux compte tenu de la situation de crise… qu je pourrai cumuler salaire et retraite.
Impossible de me soustraire
Je suis parti sur le champ. Avec le chien, en protestant, avec une petite valise.
Là bas, je fus accueilli par un « intendant » qui s’avéra être celui de mon lycée quand j’étais élève, ce que je trouvais étonnant sinon louche. Je l’aurais imaginé à la retraite tout de même, tant d’années après. Il s’était un peu tassé, portait la même barbe, le même costume de velours et se montrait visiblement alcoolisé comme à l’époque.
Dans la salle des professeurs, assise à une grande table, j’ai trouvé une dame à chignon qui pleurait à gros sanglots en hoquetant. C’était assez pitoyable. Elle s’essuyait sans me voir avec un immense mouchoir déjà trempé.
Dans un coin, un type, sosie de François Bayrou, le regard hagard, dans un costume négligé, semblait totalement hébété devant un paquet de copies sales. L’intendant me le présenta comme « professeur de français » et me confia qu’il avait « des troubles » sans que je puisse en savoir plus malgré mes questions.
Tout alla si vite. Mon chien était avec moi. Je passai rapidement le déposer dans le bureau qui me paraissait tout petit avec de lourds rideaux noirs et une table encombrée de papiers, de restes de plateaux repas, de cendriers pleins. Je regardai cela effrayé.
L’intendant me dit que le personnel de ménage était absent depuis un moment. Qu’il manquait beaucoup de professeurs, d’élèves. Il faudrait contacter tout le monde. Il y avait eu des problèmes. Pas un mot sur la personne que je devais remplacer. Il me proposa de faire le tour de l’établissement.
La peinture blanche
Celui ci était quasiment vide les élèves ne voulant plus venir. Il manquait beaucoup de professeurs. Je sentais moi une très forte odeur d’humidité.
Le plus frappant fut ce moment où je tombai sur un élève en train de repeindre une sorte de préau tout en blanc.
Il en mettait absolument partout et était lui aussi recouvert de peinture. Il peignait tout, les murs, les placards, le sol, les bancs et même des cartables qui avaient été laissés là. Il peignait tout en blanc sans discernement sans économie de peinture et je n’avais qu’une seule peur, c’était de mettre à mon tour les pieds dans la peinture. Impossible de l’arrêter.
Je me souviens m’être dit qu’heureusement j’avais laissé le chien dans le bureau, faute de quoi il aurait pataugé dans la peinture, en aurait mis lui aussi partout.
C’est là que je me suis réveillé.
Toute la journée
C’est tout de même amusant la puissance des rêves… enfin des cauchemars. Toute la journée le film de ce rêve m’a accompagné aussi puissant que ces séries un peu glauques qu’on peut voir à la télévision.
Sauf que j’en étais l’un des personnages principaux malgré moi.
Mais c’est impressionnant et amusant tout à la fois de voir comment un rêve peut influencer toute une journée, laisser une sorte d’arrière goût.
Pour l’interprétation… je vous la laisse !

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