Sérieusement. De quoi peut-on parler en ce premier avril 2025 ? Ou plus précisément, que pourrait-on dire de juste, d’intéressant et d’utile ? Nous serions censés blaguer un peu, profiter du soleil, nous réjouir du printemps. Les jeunes de vingt ans devraient aller par les rues en troupes joyeuses. Au lieu de ça nous tissons nos journées sur fond d’histoires absurdes, de catastrophes, de drames, de disputes et d’inquiétudes. Il va falloir s’y prendre autrement. Nous ne tiendrons pas longtemps.
J’ai sorti le vélo
J’aurais pu vous parler de la visite chez la vétérinaire, à moitié réjouissante. Il ne va pas si mal, il est vieux, il a son traitement, un sentiment de sursis.

J’ai sorti le vélo. Mon vélo est très joli mais je ne peux affronter les montées. Je vacille, m’essouffle et risque la chute. C’est la faute au manque d’entraînement, à cette absence de culture sportive. Mon corps n’a jamais été musclé. Alors je roule dans la vallée au bord du Lot, au bord de la rivière et c’est merveilleux. Tant pis si je suis obligé de porter un gilet jaune ridicule et ce casque peu seyant. Ça faisait un moment. Je l’ai nettoyé, le vélo. J’ai passé le pont. Ce pont, ils vont nous le fermer pour travaux pendant plusieurs semaines parce que des imbéciles prennent le risque d’y passer avec leurs camions trop lourds.
Oui, j’ai sorti le vélo. C’était un chouette moment. Les oiseaux chantent partout à tue-tête. Dans les prés d’un vert tendre rassérénant, les vaches s’allongent avec leurs jeunes veaux. Qui oserait manger un steak après ça ?
Les chevaux fabriquent de la paix en broutant paisiblement.
Des gars bien plus vieux que moi sur leur vélo de course m’ont doublé dans un souffle. Frouttt ! À peine eu le temps de les voir… J’ai vu au loin s’éteindre leurs silhouettes bigarrées et je me serais presque senti honteux de ma vitesse de croisière.
En rentrant j’ai vu que j’avais transpiré. J’aurais pu faire croire que j’avais roulé cinquante kilomètres. Vous croyez que j’aurais dû acheter un vélo électrique ?
À la télévision
Pour souffler, j’ai bêtement allumé la téloche. J’ai vu une vieille (décidément) dame plus jeune que moi ai-je appris ensuite. À côté d’elle un vendeur de voitures en costume cravate. Une jeune homme un peu emprunté qui faisait de grands gestes. Il y avait eu une histoire de litige. Je sais qu’il y a un type qui fait une émission sur les arnaques. Les gens téléphonent ou il les appelle, il les gronde un peu et on se fait la promesse que les choses vont s’arranger. Là non. La dame était trop énervée. Elle avait un rictus prononcé qui lui mettait le bas gauche de la bouche de travers. C’est là que j’ai cherché son âge. Je me suis dit qu’elle pourrait faire un AVC prochainement parce que lorsqu’on a tant de ressentiment ça fait forcément monter la tension. Ça se voyait sur son visage qu’elle était en colère. Donc la dame était énervée et disait qu’elle n’allait pas se laisser faire. Elle n’était pas contente, pourtant la société va lui offrir un bracelet. Son vendeur de voiture était vraiment d’accord avec elle et en même temps ça se voyait aussi tellement qu’il meurt d’envie de remplacer la dame au plus vite. Il lui fait trop de compliments.
J’ai fermé.
Des blagues ?
Peut-être qu’ils nous font tous des canulars géants pour le premier avril. Trump va annoncer : « c’était pour la caméra invisible ! on vous a bien eus bande de wokistes ! »
Tout le monde rirait un peu jaune, car la blague est allée un peu loin. Poutine aussi dira que c’était pour rire. Qu’il voulait juste s’amuser. Comme les autres là bas…
Pendant ce temps les adolescents se donnent des couts de couteau. On nous donne des détails à propos du cadavre d’un petit garçon qui ressemble à un ange. Un premier ministre s’empêtre dans des explications à propos d’autres crimes bien glauques… Bon, bon. Lui aussi c’est un vieux. Et on voit bien qu’il n’a pas dû faire beaucoup de vélo.
De quoi peut-on causer pour reposer les choses, les placer en perspective, oser imaginer parler de valeurs, de projets communs, d’entraide, de solidarité… ça pourrait intéresser qui ?
Des jours comme ça j’hésite
J’hésite sincèrement : fermer toute communication avec l’extérieur, couper les radios, télés, internet…
J’hésite même à écrire ici. C’est une journée où je me dis : à quoi bon ? Si je cessais d’écrire publiquement, ça se verrait à peine. Si ça se trouve ça me soulagerait, ou du moins je garderais mes doutes pour moi.
Quand même, quand j’étais gamin, je n’imaginais pas un seul instant que ce serait comme ça le vingt et unième siècle. C’est pas comme ça que je voyais l’idée de progrès… Même à vingt ans, je pensais qu’on avancerait enfin sur des combats aidant à changer le monde…
Tout n’est pas à jeter, mais tant est à refaire. J’essaie d’être ce que j’attends d’autrui. Ça n’a aucun impact. Ou si faible…
Gna-gna-gna …. tant qu’on a la santé hein !
Ben oui je l’ai. Et j’essaye d’avoir de l‘hygiène.
Mais si ça continue, faudra que ça cesse !
Franchement, je me donne deux mois, et on voit si je ferme cette boutique… J’ai jusqu’au début juin (date de renouvellement de mon hébergement… )… mais oui, ce serait peut-être une bonne chose…


Un mot en retour ?