Non au contrôle des vieux !


Vieux

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5–8 minutes

Passons les regards en dessous dès que tu passes 60 ans. Passons le soupçon sur le fait que les vieux seraient des nantis profiteurs. Oublions le terme de retraité synonyme de oisif et tous ces étiquetages crétins et réducteurs. Maintenant, sous prétexte de prévenir les ennuis de santé, on médicalise le vieux et surtout l’institution glisse d’injonctions en intrusions dans leur vie. Non au contrôle des vieux !

Durer ?

On nous montre des centenaires en exemple. J’en saluais un hier. Nous sommes priés d’admirer leur longévité. On nous montre chaque jour des des formidables grands-mères sportives fonçant sur leur vélo à plus de 75 ans tandis que d’autres dansent. Elles sont sportives, elles sont dynamiques, elles sont optimistes (accessoirement on oublie de souligner qu’elles sont souvent veuves et tirent de leur veuvage joyeux une étonnante énergie).

Vieillards exemplaires que nous admirons grâce à de puissants reportages. Plus pudiques et moins vendeurs sont les tournages dans les mouroirs ou dans les maisons où vivent des vieux abandonnés coupant leurs feuilles de salade en quatre pour tenir la semaine.

Jimmy Mohamed rappelle dans « Zéro contrainte pour rester jeune »(J’ai lu) qu’au milieu du XVIII e siècle la moitié des enfants mouraient avant dix ans et que l’espérance de vie était de 25 ans. En 1810 elle est passée à 37 ans et 45 en 1900.

Aujourd’hui on voit des vieux qui passent du temps (beaucoup) dans les cabinets médicaux, ont de lourds traitements et que l’on semble tirer à tout prix comme si le challenge était de faire tenir le vieux en vie le plus longtemps possible, y compris sans lui demander son avis.

L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité a encore du boulot. Nombre de politiques, de religieux, s’arrogent le droit de penser et décider à la place des personnes.

L’injonction

Je vois mon dentiste. Je ne sais pas me détartrer tout seul. Et un ophtalmologiste même si maintenant cela se fait par téléconsultation. J’ai la chance de ne jamais être malade. Je ne fume pas, je ne bois pas. Je mange léger, je bouge (pas assez) et je n’utilise même pas de Doliprane. Je me suis fait vacciner contre la COVID, je me protège quand nécessaire… mais la dernière fois que j’ai vu un médecin c’était en 2019. Cinq minutes pour une crème sans ordonnance. C’est ma chance – je ne suis jamais malade- , c’est mon luxe, c’est aussi mon choix et ma gouverne personnelle.

Pour des raisons familiales, un peu comme je fis en mon temps du refus scolaire (paradoxe qui me conduisit à enseigner), je fais certainement un peu de refus médical. J’ai vu tant de médecins imbus d’eux-mêmes, s’autorisant jusqu’à penser la douleur de leur patient ou à fixer des normes, que j’ai une vision fort critique des métiers de santé.

Alors, c’est normal que m’insupportent les campagnes, les injonctions diverses, le harcèlement numérique dont je suis l’objet juste parce que j’entre dans la bonne case.

Extrait d’un courriel reçu

Il est signé de « Votre correspondant de l’Assurance maladie. » Je ne savais même pas qu’il existait, ni qui c’est.

Vous avez entre 60 et 65 ans, l’Assurance Maladie vous invite à bénéficier sans attendre de votre bilan de prévention.Ce rendez-vous est l’occasion de prendre le temps d’échanger avec un professionnel de santé sur vos habitudes de vie et d’aborder les thématiques de santé qui vous préoccupent (vieillir en bonne santé, prévenir l’apparition de maladies cardiovasculaires…). Au cours de ce bilan de prévention, votre professionnel de santé pourra vous dispenser des conseils adaptés à votre mode de vie et vous orienter, selon votre état de santé, vers des actes complémentaires comme certains dépistages.Ce bilan est pris en charge à 100% par l’Assurance maladie. Vous n’avez rien à payer.

On nous propose ensuite de cliquer pour trouver un professionnel de santé dans le secteur. Pour moi c’est une infirmière absolument inconnue.

On n’est pas loin des visites médicales obligatoires en milieu scolaire. Sauf que je ne suis plus tout à fait un môme.

« Sans attendre ! »C’est si bon de stresser le quidam. Sans attendre quoi ? La troisième guerre mondiale ?

On dira que je chipote, que l’injonction est gentille, que c’est gratuit…

Sauf que ça relève de la convocation au confessionnal. Échanger sur mes habitudes de vie ? J’avais déjà vu des questionnaires intrusifs et je vois bien venir les questions relatives à ma vie privée qui feront l’objet de relevés, de comptes-rendus.

Je n’ai pas à en rendre compte, je suis assez grand pour choisir ce qui est bon pour moi et l’infantilisation m’est insupportable.

Je dénie le droit à toute personne de m’apporter des conseils qui glisseront vers des injonctions insistantes.

Je vois bien l’engrenage… l’orientation vers des spécialistes d’ailleurs pas disponibles.

Que l’on m’accompagne si je le demande, est autre chose…

Les bilans faits pour nourrir des statistiques coûtent probablement cher. Qu’on commence déjà par prévoir le nécessaire de base, c’est à dire des lits d’hôpitaux pour celles et ceux qui en manquent et des retraites décentes pour celles et ceux qui n’ont pas de quoi remplir leur frigo et encore moins de fruits et légumes bios. Non au concombre à 1 euro trente !

Au passage, je suppose que les personnes vraiment malades le savent déjà.

Injonction, culpabilisation latente, ça suffit !

Il existe des personnes qui ont de mauvaises pratiques alimentaires, boivent trop, ne se protègent pas… mais aujourd’hui qui peut ignorer les risques ? Cette façon de se défaire sur la personne de ses difficultés sans travailler les causes sociales est bien dans l’esprit du temps…

Pour le reste, je pense que les gens seraient beaucoup plus heureux et détendus si on leur foutait la paix !

Chacune et chacun doit pouvoir choisir, sans stress.

Si je me découvrais demain matin un cancer, je ne souhaiterais pas entreprendre de soins autre que l’allègement des douleurs. Ça me regarde, je n’en fais une prescription pour personne, mais je refuse d’aller à l’hôpital autrement que pour une jambe cassée, de subir plus d’ennuis avec des traitements invasifs que ceux que j’aurais avec le traitement de la seule souffrance. Tant pis si cela devait raccourcir mon temps de vie (tant mieux pour les caisses de retraite !)

Je préfère l’intensité à la durée !

Tous contrôlés

Je n’ai rien contre la vaccination obligatoire. La prévention grâce aux médias peut prendre des formes intéressantes, non stressantes, qui responsabilisent…

Aujourd’hui nos vies sont quasiment transparentes. Nos parcours de plus en plus balisés, évalués et d’une certaine façon standardisés.

On fait même du bonheur une sorte d’injonction… Derrière l’abandon du collectif, de la mutualisation, se profile le règne des coachs, nouveaux curés du monde moderne. Autrefois le curé disait ce qui était bien ou mal, jusqu’à la tenue vestimentaire à porter selon les circonstances… Le coach sorti de nulle part, « sait ».

De la naissance à la mort, les institutions veulent baliser nos vies. Des repères favorisant le vivre ensemble c’est bien, mais des vies triées par des bilans, évaluées pour être mises en compétition, formatées à l’aune de principes qui peuvent être intéressants mais nous réduisent souvent à être des produits normés, ça devient juste gonflant.

PS : j’avais envie de répondre à mon conseiller prévention que l’image accompagnant son message, visiblement pondue par l’intelligence artificielle, j’espère qu’elle ne montre pas un couple de moins de 65 ans. Parce qu’eux ont l’air vraiment fatigués, ça fait peur.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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