Galou et son bâton


Galou soleil

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3–4 minutes

Galou et son bâton c’est une longue histoire de jeux. Comme il faisait beau à n’y pas croire, nous sommes montés du côté de Gréalou à notre Super Cayrou. Il aime cet endroit autant que je peux l’aimer. C’est notre lieu à tous les deux. En toute saison, à toute heure. Il le connaît assez pour savoir choisir lui même le circuit. Il y a tout à sentir, à humer, à goûter en joie pure dans cette cathédrale à ciel ouvert. Sur le causse, de là haut, nous dominons tout le Quercy et loin vers le Rouergue. Je peux défaire la laisse. Il a choisi de passer d’abord par les cazelles.

Saluer le chêne

Il sait. Nous allons saluer le chêne. L’arbre à grandes branches ouvertes nous accueille. Galou le regarde. Intimidé, il n’oserait aucunement lever la patte.

Vaillant, Galou marche devant. Il n’y a pas si longtemps il courrait et aurait fait devant trois fois le chemin en galopant, cavalant, se riant de mes appels et furetant. À présent, le pas est modeste, la joie reste entière. C’est étrange pour le maître de voir celui qu’on a connu bébé, nourri, élevé, maintenant plus vieux que soi.

Il nous a protégé, il faut le protéger.

Le souffle court

Dans sa quatorzième année, l’amie vétérinaire sait amoindrir les douleurs d’arthrose. Il n’a plus peur d’aller là bas. Mais le souffle devient court. La vue baisse aussi. Je ne dois pas lancer trop loin, surtout dans l’ombre. Il veut jouer, jouer parce qu’il aime la vie. Mais il doit composer avec ce souffle qui ne suit pas comme avant.

Le bâton

J’ai un peu honte, c’est moi qui lui ai parlé de bâton. Il est allé en choisir un. Petit lancer. Et puis, comme de juste, il a voulu l’emporter ce bâton.

Autrefois, l’un des grands jeux de Galou, était d’aller tirer de grandes branches, de petits troncs tombés s’il pouvait. C’était impressionnant car ça prenait le chemin tout entier, il fallait éviter de rencontrer quelqu’un. C’était son orgueil de nous narguer à tirer ces troncs. Sa force était phénoménale et il les trainait, chien bucheron, jubilant sur des centaines de mètres.

À la plage, je me méfiais, car il trouvait des morceaux de bois flotté que la mer rejetait mais qui pouvaient être dangereux. Sel brûlant, clous accrochés…

Ici, il a trouvé cette petite branche comme un souvenir d’enfance. Lui le joueur infatigable de balles, lui qui à la maison joue de plus en plus (il parait que c’est un signe de vieillesse, laissez-nous y voir juste un signe de joie), il ne voulait plus le lâcher ce bâton. Le rapporter coûte que coûte.

Mais lorsque tu as le souffle court, que ton cœur ne suit plus, va porter un bâton dans la gueule, même si c’est un petit bâton.

Tenace, il ne voulait plus le lâcher. Il a fallu que je négocie, « je le porterai ton bâton, jusqu’à la voiture ». Il ne me quittait pas des yeux.

Je lui ai redonné là bas. Mais il fallait l’emporter à la maison. Il l’a gardé entre ses pattes le temps du chemin vers la maison.

Lorsque nous nous sommes garés, comme à chaque retour, après avoir bu une grande gamelle d’eau fraîche, y plongeant la tête avec bonheur, il est venu me chercher pour jouer. Même pas fatigué ? Encore ! encore ! À côté de ses balles habituelles, il avait déposé le bâton.

Joueur têtu, joueur absolu, joueur qui nie son âge.

Nous avons joué un peu, juste un peu, tu vois bien que tu es fatigué puis il est allé s’allonger tombant de fatigue. J’écoute son souffle, son souffle fort, ses ronflements.

Je l’avoue, parfois, inquiet, si je n’entends rien ou presque, si je ne suis pas sûr, je m’approche et me penche vers lui. Alors il ouvre un œil, je mets ma tête contre la sienne et il pose sa patte sur ma joue. Avec toute sa fatigue et toute sa tendresse infiniment délicate de vieux chien joueur, épris d’espace, de nature, de liberté. Et d’amour.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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