La ficelle était trop grosse. Je ne pouvais rester impassible dans la file d’attente à me plier aux consignes de la troupe. Il fallait que j’écrive cette chronique d’impatience debout.
Je ne suis pas resté debout dans la file d’attente
Je ne suis pas rentré dans l’enclos fermé de barrières
Je ne veux pas qu’on prétende me faire rire
En me capturant au "théâtre concept"
Je ne veux pas que l’enthousiasme dévore la poésie
Je veux sur la scène, comme en amour
De la pudeur, de la délicatesse, du velours
Des élans, des émois
Pas de cris, pas de grands gestes pour occuper le vide
Je veux des auteurs qui aient d’abord quelque chose à dire
Qui les dépasse, qui surpasse le destin
Ou le dessine en creux pour attraper nos mains
Et des personnages qui veulent vivre, nous surprendre, nous toucher
Pas de chimères hurlant au sémaphore
Pas de frasques gratuites, de faux nez sans objet
Je veux du Scapin pas du Guignol
Du frémissement dans la parole
Je ne veux pas d’un acteur qui se cache
Tout verbeux, tout mielleux, farci de pléonasmes
Ou s’il le fait qu’il le sache pour mieux montrer
La part inconnue recelée en nous-mêmes
Que l’acteur nous surprenne
Je n’attends pas du théâtre qu’il occupe le temps
Qu’il fasse du vent, qu’il nous noie dans notre rire
Je veux qu’il nous donne l’envie de rêver, d’écrire
De grimper sur la scène, pour transcender l’obscène
Que jamais l’absurde ne se confonde de vulgaire
Mais que les âmes prudes s’étourdissent à l’enfer
De la censure impossible du comédien génial
Qui nous relie au ciel, d’un verbe phénoménal
Que de Molière à Beckett, Giono ou Ionesco
On sente l’odeur de l’homme sortir de chaque mot
L’homme, l’humain, la femme
L’enfant et toutes les cathédrales
Qui hissent pour nous le ciel du théâtre
Spectateurs ardents, nourris, illuminés
Éclairés, élargis, augmentés
Jamais flattés dedans nos bas instincts
Que pour en déceler la honte et les chagrins
Mais toujours au tomber du rideau
Que l’espoir nous revienne, qu’on dise que c’était beau
Voilà ce que j’attends mon cher metteur en scène
Il se pourrait alors, qu’un soir je te revienne

Un mot en retour ?