Les spectacles précédents au festival de Figeac m’avaient fait douter. L’Avare porté par le Théâtre de la Tempête et l’astucieuse mise en scène de Clément Poirée fut a contrario un moment jubilatoire. Quels beaux acteurs, quelle belle troupe ! Et ce Molière ! Voilà un auteur qui a de l’avenir ! Voilà du théâtre !
Rien de gratuit
J’avais un peu craint cette demande faite au public d’apporter des objets pour que la troupe improvise avec, que le concept n’envahisse le texte, que l’on sombre dans l’anecdotique. Ce fut le contraire.
Entasser, donner, recevoir ? Le spectacle va se construire sous les yeux du public. Tout se dispose sous nos yeux en temps réel.
La joyeuse troupe
John Arnold voit son maître en Michel Bouquet. Il est bien de cette lignée. Et le voilà en bel Harpagon, dans toutes les contradictions du personnage, sans jamais écraser les autres acteurs. Parce que c’est une troupe que nous avons devant nous, où chacun joue son rôle dans une pièce chorale : les ingénieux décors minimalistes roulent sous nos yeux, les porteurs de lumière sont sur le plateau et l’on voit d’où vient la sonorisation. « Nous voulons retourner au nerf, à l’os de la pièce et de notre pratique, au cœur des questions que pose Molière » dit Clément Poirée.
Et les voilà tous au service du texte, ce texte que nous connaissons presque par cœur depuis le collège, que nous avons vu et revu, joué par tant d’acteurs au risque de craindre qu’il ne finisse par lasser.
Mais il est impossible que Molière lasse si on sait respirer l’esprit de l’illustre Théâtre.

L’orage au service de la Tempête
L’orage lui-même s’était invité. Fort heureusement la représentation avait été rapatriée dans la salle locale qui se prête d’ailleurs à mon avis mieux aux représentations que la Cour du Puy de Figeac. À plusieurs reprises, les coups de tonnerre sont venus ponctuer le texte avec une justesse qui aurait pu laisser croire qu’ils obéissaient à la mise en scène.
Métaphore d’un théâtre qui n’ignore pas les aléas du monde mais nous protège en nous racontant des histoires pour nous réinventer.
Un texte, une intention, une troupe, un public
Pour que la scène vive, il faut ces ingrédients là. Le texte de Molière donc, revisité et respecté tout à la fois. La langue est belle même sans l’accent d’antan et si la construction finale qui permet de sauver la situation est toute naïve, c’est pour en appeler à l’enfance. La poésie d’ailleurs parcourt les dialogues et Clément Poirée a su la faire vibrer partout. Son intention est claire et ne vient jamais nous enfermer dans je ne sais quelle bêtise où le concept viendrait tout envahir. La troupe exulte et joue dans une réelle dynamique, une complémentarité… Pour que tout soit si bien rodé, on sait l’énorme travail, la précision horlogère et c’est là que tient la performance, non dans je ne sais quelle compétition idiote. Et le public, invité au partage n’est jamais manipulé, il est respecté, il est appelé au texte et renouvelé, détaché de tout snobisme, peut rire, et rire avec intelligence et quitter le théâtre augmenté.
Les applaudissements vinrent à tout rompre et pour un peu j’aurais embrassé toute la troupe !
À lire :
- un bel entretien avec John Arnold https://coupsdoeil.fr/2025/11/john-arnold-l-avare-surexposition/
- la très jolie critique d’Agnès Santi dans « La Terrasse » https://www.journal-laterrasse.fr/clement-poiree-met-en-scene-lavare-une-vibrante-celebration-du-theatre-comme-construction-artisanale-collective-et-econome-2/

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