1986. Je me suis offert le deuxième album des Rita Mitsuko et il est toujours là. Le frisson est intact. La tendresse, l’émotion et la gratitude aussi.
J’avais 24 piges
À cette époque, même en Haute-Provence, il y avait encore des disquaires qui faisaient leur boulot. je ne sais pas comment j’ai découvert les Rita Mitsuko. Je crois que je savais à peine comment s’appelait la chanteuse. Pas par les collègues, pas par les amis ni la famille. Je laissais pas mal mon oreille traîner. Il y avait les radios locales. Un an après j’allais partir vivre à Paris. J’étais jeune, triste et plein d’espoir. Ma mère allait bientôt mourir peut-être pour me permettre de m’envoler mais je vivais déjà seul, là haut dans les lavandes du plateau de Valensole.
Les trente trois tours

Certains ont mal vieilli. Pas celui-là. J’ai une sacré discothèque dont il faudra que je parle un jour avec quelques perles comme des vieux disques de jazz des années cinquante, de la très bonne chanson française des années 70 et 80. Et The No Comprendo. Je crois me souvenir qu’il a été enregistré « à la maison ». Il me semble que l’époque malgré les désillusions déjà présentes, nous donnait encore une impression de liberté. La créativité était encouragée. Le numérique arrivait tout juste dans les écoles où l’on installait des bibliothèques. Oui ! avec de vrais livres ! On bricolait, on inventait. Il y avait une forme de réceptivité à la nouveauté qui faisait que des iconoclastes pouvaient encore débarquer au beau milieu d’une émission de variétés.
On nous prévenait, les rayures que vous entendez au début du disque, ce sont de vraies fausses rayures. Notre naïveté était prévenue d’avance. Mais le disque pouvait et peut toujours se réécouter tant il comporte de surprises, de clins d’œil.

Ces brutales sorties de scène
Lui comme elle, soustraits brutalement à la scène et à la vie par cette saleté de crabe. Mais ils ont apporté non seulement à la scène, à la création. Ils ont ouvert des possibles, transformé nos perceptions nous rappelant que la joie n’est jamais loin de la tristesse. Et la Danse, et les rythmes, quelle cavalcade jouissive !
Le disque est là. Excepté les craquement factices, il tourne sans souci et me relie au mystère de leur inventivité et réactive la grâce de ma jeunesse pourtant compliquée.
Tout se mêle. Il faut accepter d’être ému encore et penser avec gratitude à Catherine Ringer et à Fred Chichin (Frédéric Alexis Alphonse).
L’indépendance d’esprit, l’élégance absolue. Garder le sel de leur musique comme un ferment, une promesse.

Un mot en retour ?