préambule


poèmes à la main

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2–4 minutes

Il fut un temps, petit enfant, où j’écrivais tout à la main, forcément. Puis vinrent les machines. Ce matin, je me suis dit, comme devoir de vacances, que j’allais ouvrir un petit cahier d’écolier et que chaque jour, j’y écrirai un poème, à la main.

Cahier de poésie

À l’école, nous écrivions à la main dans le cahier de poésie. En ce temps là, nous avions le temps et je trempais la plume sergent-major dans l’encre violette. Une page pour écrire, une page pour illustrer. La tradition est bête. La poésie n’a pas besoin d’images mais d’imaginaire et souvent mes dessins maladroits trahissaient Monsieur Fombeure ou Monsieur Derème.

À la maison, sur des bouts de cahiers, des feuilles, j’écrivais des petits poèmes ou des chansons. Je les laissais un peu partout dans la maison, dans les tiroirs, sur la table du salon.

Adolescent, j’eus des cahiers, puis des chemises, des classeurs. J’ai presque tout perdu.

Vers douze ou treize ans, j’avais écrit quelques textes à la machine à écrire. Une Olivetti Lettera 22. Le ruban se prenait dans les touches qui claquaient. Mes doigts s’y salissaient et les lignes n’étaient pas exactement droites. Adulte, je m’offris une machine électrique. On pouvait lui enseigner quelques courtes phrases par cœur. Puis vint l’ordinateur.

Le brouillon

Au début, tout passait encore par la main. La recherche, les ratures. Puis, on recopiait bon élève, en prenant le temps. D’ailleurs souvent le brouillon était recopié à la main, pour offrir.

Un jour vers quatorze ou quinze ans, j’offris à la belle Dominique F, celle qui est devenue architecte et qui a des yeux magnifiques, un petit recueil de poèmes. Elle le lut et me le rendit feignant de croire que ce n’était pas pour elle que je les avais recopiés et surtout inventés.

Puis j’appris à taper mes textes à l’ordinateur.

J’avais un jour envoyé quelques uns de mes textes à Colette Magny. Elle me les avait renvoyés en m’écrivant, « je connais le prix des photocopies« . Elle croyait que je voulais qu’elle chante mes textes. Je n’y avais pas pensé un seul instant, c’était juste un cadeau. Malentendu. Encore un.

Chez lui, en Italie, pour être indépendant, Léo Ferré avait fait installer une imprimerie. Pour être libre.

J’avais tellement de textes, de poésies et de chansons dans des chemises, en fouillis : Luis, mon bel amour, prit courageusement le temps de tout taper. Au début, nous n’avions pas encore d’imprimante et il tira nombre de textes au bureau. C’est lui qui tapa mon premier roman et le relia. Fallait-il qu’il croie en mon talent ? Luis n’a pas répondu à ma dernière lettre perdue quelque part dans un hôpital.

Aujourd’hui, la plupart du temps, j’allume l’ordinateur. Et s’il y avait une panne ? Les textes numérisés sont plus ou moins bien classés. À ma mort qui les retrouvera ? On jettera peut-être simplement les disques durs ou on les effacera et on oubliera.

Renouer

Le geste s’est crispé : douleurs de vieux, main fatiguée. Mais j’ai acheté un petit cahier.

Sur mon cahier d'écolier
Je prends le risque
d'écrire à la main

Enfant ou maître d'école ?

Saurais-je encore faire des modèles d'écriture ?

Ma main se crispe, je crains
La rature
ou la coupure

Dans mon dos je sens un point
Je tire la langue
Je m'aventure
Remonte le cahier sur la table
Ne louche pas ! Tiens toi droit !


Tout ça ne fait pas un poème bien sûr, juste une façon de renouer avec le papier, l’encre et demain, nous verrons ce que l’inspiration donnera !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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2 réponses à « préambule »

  1. Avatar de monumentale

    "La poésie n’a pas besoin d’images mais d’imaginaire"

    https://vincentbreton.fr/preambule/

    1. Avatar de Vincent Breton

      😉

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