Ne montrons pas l’enfant qui ne peut y consentir


Image d'enfants

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3–5 minutes

Que ce soit pour le défendre ou le conspuer, même pour la plus juste et noble des causes, par nature, le mineur ne peut consentir à l’utilisation de son image, plus encore lorsqu’elle permet de l’identifier, porte atteinte à sa dignité, lui fait encourir des risques. Au delà de la Loi qui encadre, l’éthique devrait nous guider et nous interdire ces dérives…

Deux images vues aujourd’hui

Les médias, les réseaux sociaux, partout, j’ai vu déverser l’image d’un jeune garçon. Les uns pour le mettre en cause et à travers lui réclamer plus d’autorité, les autres pour le défendre. Peu importe l’histoire en réalité anodine. Identifiable y compris malgré les floutages grossiers, repérable physiquement dans son lieu de vie, voilà un garçon propulsé malgré lui dans une célébrité plutôt glauque et dont on peut s’interroger des conséquences pour lui-même et ses proches.

Une autre image, encore une fois, est passée sur un réseau. Celle, atroce, d’un enfant mort à la guerre… image assortie d’un appel aux dons. Même pas de « content warning ». Merci pour la réactivation imposée. Merci pour la mise en spectacle de la mort, même si la cause est juste.

La Loi dit des choses

Victime ou délinquant, un mineur a le droit absolu à la protection de sa dignité et ce d’autant plus quand il n’est même pas mis en cause ou encore moins jugé. Nous connaissons tous (en principe) la nécessité d’obtenir le consentement parental pour photographier et diffuser l’image d’un enfant par exemple dans un cadre scolaire. De nombreuses limites sont posées pour protéger l’enfant, rendre impossible son identification…

Mais un autre point est à peser, celui de la dignité. Un enfant mort, photographié même avec le consentement de ses parents, voit sa dignité atteinte surtout dans certaines circonstances. On ne peut mettre en scène son image au service d’une cause fut-elle la plus juste, sans lui manquer de respect parce qu’il sera instrumentalisé au service de cette cause.

La jurisprudence donne lieu parfois à des interprétations mais une photo montrant un enfant mort ou son corps mutilé, même diffusée avec l’accord explicite des parents pour une collecte de dons par exemple, peut en droit français constituer une atteinte à la dignité humaine. L’accord des responsables légaux ne fait que neutraliser l’atteinte à la vie privée, mais pas nécessairement l’atteinte à la dignité, puisque celle-ci dépasse le consentement individuel des ayants droit.

Une affaire éthique

Montrer, diffuser ou relayer ce qui va permettre de reconnaître et d’identifier un enfant même pour le défendre, c’est lui porter de nouveau atteinte.

Bien sûr dans le cas d’une « alerte enlèvement » on va le montrer, le décrire. Mais c’est une autre situation et très encadrée.

Il me semble qu’une bonne intention affichée dispense trop facilement de se demander si l’exposition elle-même était nécessaire au but poursuivi. On défendra mieux un enfant sans le montrer. On peut appeler aux dons sans exhiber un corps. On pourrait en incise penser aux manipulations de l’image, aux fausses images…

Dans l’affaire d’un enfant mis en cause publiquement par les médias, je vois une instrumentalisation indigne. Procureur, je me serais saisi de l’affaire. Il y a ceux qui dénoncent, mais ceux qui se précipitent pour prendre parti me paraissent tout autant nourris du scandale que d’un véritable intérêt pour l’enfant et son destin. Au mieux, ils se laissent emporter par le « buzz ».

Nous voyons parfois en contexte de guerre notamment, un parent désespéré brandir le corps de son enfant mort. On ne peut lui réfuter cela. Sa douleur est sa légitimité. Et je peux témoigner d’empathie à son égard. Cette légitimité n’est pas à mes yeux transférable que ce soit à un journaliste, une ONG ou même moi si j’étais présent. Si je relaie sans filtre, je ne me mets pas simplement à son service ou à celui d’une cause, je transforme l’enfant mort en objet de scandale. Ce n’est pas mon deuil. C’est déjà un objet pour crier, justifier aux yeux du monde ce que je crois.

La dignité humaine surpasse la cause.

En cela je réfute c’est vrai le concept de martyr. Parce que le martyr se nie lui-même dans la cause. La mort d’un enfant ne peut servir de drapeau. En tout cas, mon souci éthique est de comprendre, dénoncer, pas de nourrir le ressentiment ou de cliver.

D’ailleurs, si je vois l’injustice, est-ce que la cause que je défends perd de sa force si on floute vraiment l’image, si on change de prénom, si on prend toutes les garanties possibles ? Mesure-t-on le prix que l’on fait payer à l’enfant peut-être aujourd’hui si ce n’est demain ?

C’est en ce sens qu’un véritable journalisme de récit et non de commentaire par exemple gagnerait à retrouver ses lettres de noblesse. Commenter c’est préjuger à partir de bouts. Ce n’est que mépriser.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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