Les gros jours de canicule passés, le répit risque d’être de courte durée, mais surtout si les humains et les animaux se montrent hébétés aujourd’hui, la nature autour et le jardin, sortent stressés de l’épisode. Ce ne sont pas les quelques gouttes de pluie d’hier soir qui les consoleront.
Les canons à eau dans la vallée
Depuis la maison j’entends le « clang-clang » des canons d’irrigation. Les agriculteurs tirent l’eau de la rivière. Je ne sais jusqu’à quand ils auront le droit, si le barrage plus haut lâchera un peu d’eau.
Quand je passe avec la voiture, je ralentis dans l’espoir de recevoir une salve d’eau.
Le bord des routes vient d’être débroussaillé, il reste maintenant des bandes d’herbe sèche qui pourraient s’enflammer au moindre mégot ou à la moindre étincelle d’un tracteur.
Les arbres et les arbustes souffrent
Sur le haut du causse, certains arbres et arbustes roussissent déjà.
Dans le jardin, l’hibiscus perd trop vite ses fleurs, le noisetier semble avoir cuit sur place, les noyers eux-mêmes ont par endroit des jeunes branches qui flétrissent, tout comme l’arbre à papillons dont la floraison qui normalement dure plusieurs semaines a été réduite par le soleil implacable, certaines branches montrent une vraie souffrance. Seul le figuier qui a poussé spontanément paraît tirer son épingle du jeu. Il y aura des figues chaudes cet été. Si les pies ne dévorent pas tout. L’hydrangea peine à former ses fleurs, le petit mandarinier a perdu tout espoir de donner des fruits, les lauriers roses ont des branches qui jaunissent…
Rien de tout cela ne devrait arriver alors que juillet n’a pas débuté. S’il pleut, ce qui n’est pas prévu, l’eau dévalera le causse et passera sur les sols argileux durs comme des calebasses, lesquels vont finir en jouant par secouer les murs de la maison…





Les réactions humaines
Entre déni et culpabilisation, nous restons en deçà des prises de conscience qu’on supposerait logiques, basiques, évidentes. Comme si les gens ne comprenaient pas qu’il ne s’agit pas seulement de confort ou de pouvoir d’achat mais de la vie individuelle et collective dans un système où nous sommes interreliés.
Les cyniques se disent qu’on a trouvé enfin un système pour alléger les dépenses des retraites. Je pense à ces personnes qu’on va retrouver dans plusieurs semaines recroquevillées dans leur fauteuil, dévorés par leurs chats et chiens affamés.
Des pseudos intellectuels croient très courageux d’afficher des postures négationnistes depuis des studios climatisés. Il vient un moment où certains propos ne sont pas seulement inconséquents et indignes.
D’autres voudraient culpabiliser chaque individu ou a contrario s’en prendre à certaines catégories. Il est vrai que les très riches se sortiront un temps d’affaire.
Ce qui m’étonne, c’est qu’aucun mouvement ne se structure, aucune manifestation, aucune protestation collective n’est capable de s’exprimer. La gauche, les écologistes auraient pu se faire force de proposition et de mobilisation, mais ils ont manqué aussi ce rendez-vous tiraillés par leurs propres contradictions, trop prompts à penser à la place d’autrui…
Peu d’initiatives locales, pas de mouvement collectif…
Enfin, il ne se passe rien, ou pas grand chose, comme si la chaleur nous avait tétanisés avant la prochaine catastrophe.
J’entendais ce matin, une discussion où des gens plaisantant à demi, envisageaient de déménager en Irlande. Et nous critiquons les réfugiés climatiques.
Empêché
Fatigué, distrait, je reste en retrait de la poésie et de l’écriture. Où sont les artistes d’ailleurs ? Que disent-ils à part porter des plaintes, une idée de fatalisme ? Où est la prise en compte des émotions que cette crise engendre ? À quoi nous accrochons-nous alors qu’il faudrait changer de paradigme, mais sans leçons, par l’action… pourquoi parlons-nous si peu d’entraide et de solidarité ? Quelle guerre nous infligeons-nous à nous mêmes pour nous empêcher de transformer la situation ?
Je reste avec mes questions pour l’instant.

Un mot en retour ?