Ne croyez pas que les mots ne servent à rien. Il suffira qu’une fois vous les entendiez, alors, votre miroir vous deviendra insupportable.
Plus fluide que le sable
Plus vaporeuse que l’eau sur la pierre brûlante
Cette poignée de mots
Bientôt ne sera plus rien
Sachez
Hommes de pouvoir
Que vous me répugnez
Un à Un
Guerriers, gardiens,
Vous qui éructez, proférez, admonestez
Vulgaires,
Pour tous ces crimes abominables
Que vous faites commettre
Au nom de mensonges énormes
Vos yeux de poissons morts
Cognent au miroir de la honte
Et dans le sang,
Il y a ces enfants
La chair de ces enfants
Broyée
Et leur âme
Hommes de pouvoir
Qui commandez la mort
Comme on achète un article
Dans un catalogue
Vous qui appuyez sur le bouton
Comme on fait sur une machine ordinaire
Vous qui envoyez des jeunes gens à l’abattoir
Vous qui tuez jusqu’au désir et qui invoquez Dieu
Mais vous qui n’aurez jamais le courage
D’aller parler à la mère de l’enfant
Que vous aurez fait tuer le matin même
Sous des prétextes fallacieux,
Vous savez déjà que votre propre perte est devant
Et que plus vous donnez la mort
Plus la vôtre se rapproche
Plus vous donnez la mort
Plus la chance de dignité et de poésie s’éloigne de vous,
La dignité et la poésie sont plus hautes
Chacun des visages des enfants que vous avez tués
Vous regardent, vous regardent fixement,
Vous regardent indéfiniment
Vous regardent et vous regarderont encore même lorsque vous en serez à fermer les yeux
Près de votre bouche, cherchant son dernier souffle
Il y aura les lèvres fines d’un enfant qui chantera
Un chant si pur
Un chant si élevé et digne
Qu’alors vous ne serez plus qu’un trait illisible dans l’argile sèche
Cette poignée de mots ne sera plus rien
Que l’exhalaison acide de votre inutilité

Un mot en retour ?