Que vous manquerait-il si tout brûlait chez vous ?


Caussemaison

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3–4 minutes

Des gens sont dans la douleur immense où ils racontent avoir tout perdu. « Soixante ans de travail et de sacrifices » dit la dame. « Ma maison, mon jardin c’était tout pour moi » dit l’autre. Le plus souvent, ils ont des enfants, un père, une mère. Heureusement vivants. Mais ils disent qu’ils ont tout perdu, les objets qu’ils possédaient, leurs souvenirs. Ils n’ont plus que leurs larmes.

Que me manquerait-il ?

Moi qui ne possède rien, que me manquerait-il si tout brûlait ? Que me manquerait-il qui ne soit déjà rangé dans mes souvenirs ? Je pense encore à ces objets qui sont près de moi. L’attachement que je peux avoir pour eux, quelques livres, deux ou trois babioles, tient dans l’idée de savoir qu’ils sont là. Mais je ne les consulte ou ne les regarde guère.

Ce qui me manquerait, ce serait de ne pouvoir écrire.

Ma vie souffre souvent beaucoup plus de ce qui m’encombre que de ce qui me manque.

Je comprends la douleur de ces gens. Je me demande qu’elle a été leur vie ? Une vie de sacrifices, d’acceptation. Je me suis aussi sacrifié à bien y regarder. Mais j’ai pris mon plaisir quand il le fallait.

Un rêve

Personne ne leur a dit, une fois venue l’heure de réaliser leur rêve, que bâtir une maison si près de la forêt c’était prendre un risque ? Ou bien, ils savaient mais repoussaient l’idée qu’un malheur puisse leur arriver. Personne ne leur a dit, qu’une fois morts, leurs héritiers se partageraient leurs biens, s’en débarrasseraient en se plaignant de tout cet encombrement. Certains héritiers diront même qu’on pourrait « mettre toutes ces vieilleries au feu ».

Mais on leur a dit qu’il fallait se lever tôt matin, accepter l’inacceptable, respecter l’ordre établi, la procédure, épargner, placer leur argent et acheter enfin ce bien.

Aveu

Les gens me regardent de biais lorsque j’avoue que je n’ai guère de bien, si peu d’économies et qu’il n’y aura pas d’héritage. Ce serait pour qui ?

J’ai eu tant à faire avec les gens que j’ai aimés.

Mon banquier ne comprend pas que je ne veuille emprunter pour quelque projet. Mon fournisseur de téléphone que je garde une vieille machine obsolète. On me soupçonne d’être un Harpagon. Mais j’ai déjà tout donné et je m’emploierai à donner le peu qui restera avant de clore le chapitre.

J’entends la douleur des gens qui ont tout perdu. Je comprends combien cela doit dévaster. Que feront leurs enfants ?

Odeur

Dans mes poumons, j’ai un peu de cette suie qui a volé plus de trois cents kilomètres et me fait tousser. Je n’ose imaginer au plus près à quel point l’air doit être irrespirable. Ils doivent avoir cette odeur sur eux, en eux. Odeur d’écorce brûlée, de plastique, de cornes et de viandes devenues charbon. Toute cette vie calcinée, les arbres brûlés, toutes ces bêtes mortes, viandes inutiles.

Cette armée insuffisamment dotée qui lutte et perd des hommes parfois.

Fatalité ?

Rien dans cette histoire affreuse et absurde n’est le fruit du hasard. Espaces urbains mal pensés, secours mal équipés, priorités de travers et logique de petits propriétaires devenus esclaves de leurs murs.

Peut-être nous faudra-t-il redevenir nomades, au gré des saisons, au fil des canicules.

Les très riches s’en sortiront. Plus ou moins, ils ont des maisons, des appartements, tout est positionné là où il faut en sécurité. Pour les autres il faudrait réapprendre se passer de ce qui ne leur servait à rien qu’à penser avoir accompli leur vie et leur devoir. Cela, ils ne pourraient l’entendre.

Plus que leur maison, c’est toute une représentation d’un monde qui a brûlé.

On a vu dans d’autres épisodes, des gens préférer rester dans leur maison en ruines plutôt que rejoindre la ville ou un ailleurs.


Les temps à venir devront pourtant nous enseigner à être des locataires et à mieux comprendre que nous ne sommes que les locataires de l’espace où nous vivons.

Mais vous que vous manquerait-il si tout brûlait chez vous ?


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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