Rue des Pommiers

des poèmes écrits dans les Hautes-Alpes entre 2011 et 2015

  • atrabilaire

    Je n’entends plus rien, je ne vous lis plus, j’ai froid, La neige me cible jusqu’au vertige L’insomnie me découpe pas à pas Le chien me conduit, sa gueule guide ma main Vers des chemins herbeux, boueux et glacés Il se peut que plus rien ne parvienne à me reposer Il se peut que depuis…

  • conversation médicale

    —   Comment va ce monsieur ?—   Au mieux ! au mieux !—   Comment va sa prostate ?—  Sans hâte !—   Et son petit cancer ?—   Atrabilaire !—   Et du côté des reins ?—   On sonde, sans fin…—   Comment va la scoliose ?—   Elle glose—   Et notre amie cystite ?—   Profite—   Terminaisons nerveuses ?—   Heureuses !—   Et votre compte en banque ?—   En manque—   Et comment va son âme ?—  …

  • il va mourir alors

    Mes souvenirs dans les épaules, je flotte dans le soir qui tombe Le navire de mon lit glisse le long de la rivière douce Dans l’ombre J’entends l’appel du muezzin par un soir bleu d’Ispahan Enfant Je lis des contes, un jeune prince sur la mousse S’endormant En ce temps-là, ami fidèle des livres Les…

  • le palefrenier et la miette

    Les jeunes enfants ont faim, Le palefrenier s’entête Le ciel est bleu et par-dessus leurs têtes Ils mettent leur accent, penché Et dans leurs mains, Leurs petites mains ouvertes Les enfants guettent la miette De ciel, de pain Une miette S’il vous plaît ! Mais Le cheval debout fait sa fumée L’homme lui donne le crouton…

  • Renart

    Au fond du jardin, Renart a passé sur le coup des dix heuresMâtin !Soleil ! Je t’ai bien vu Renart, claudiquant sur trois pattesTel un loup des CarpatesFilant te cacher et dans quelque trou sombreSous les herbes ligneuses, pour rechercher de l’ombrePour y penser la plaie que la chaleur énerveSur trois pattes ! Ainsi mon cœur,Mon âme acerbe…

  • Tout dort dans la maison

    Tout dort dans la maison, sauf le chat, le soleil et les mouches Mon rituel de thé, le gâteau citron, qui s’effarouche ? Les enfants dorment, un cheval hennit dans le vaste pré sous la montagne Le chien au jardin frôle la rosée, ma pensée l’accompagne   Je songe à cet ami, des siècles ont passé,…

  • Jour de déveine

    Jour de déveine Le cheminot S’est endormi à la table du café Le formica glisse sous mon doigt Persiste l’odeur d’un tabac froid Un tabac des années cinquante  Un tabac de l’au-delà Proscrit par la Loi Interdit par la Foi Ça  fait déjà un bail, ma petite dame Aujourd’hui le train est au musée Cadenassé…

  • Perse

    L’onagre persan court à soixante dix kilomètres heure Le guépard se cabre et s’enfuit dans la steppe Au soleil couchant, dans la tour d’argile du caravansérail Je rêve à mon enfance lointaine et persane Ô douce gazelle cligne de l ‘œil au jeune prince !

  • Chacun ses pauvres (protest-song)

    Bourgeois bohème des hauteurs du vingtième Bonne famille catholique du village d’Auteuil Pour eux les fins de mois ne sont pas des problèmes Chacun a ses pauvres, chacun son orgueil Ils regardent parfois à la télévision Ces peuples crève la faim, la commisération Au bord des lèvres, ils disent Qu’à l’heure du repas On pourrait…

  • acouphène’s song

    Les acouphènes font du ramdam dans mes oreilles Ah ! La conscience politique me réveille Six heures du matin, le chien hume au jardin Le chat esquive et danse sous le sapin Une danse légère de chat devant le chien Mon estomac gargouille, j’ai déjà la grande faim De tartines de beurre, de thé fort, le…