Ce n’est pas affaire d’âge ou de saison, de seule résilience ou de projets qui émergent. Le sens-tu ce changement intérieur ? Tu es déjà à l’écriture d’un nouveau chapitre. Une histoire de cohérence, d’alignement, de cheminement où tu traces à ton rythme, sans oublier, mais sans te retourner. Tourné-e sur ce que tu fais, dans ce paysage, avec celles et ceux que tu croises. Les autres te sont disponibles et accueillants puisque tu l’es. Sans mièvrerie, avec résolution.
Même pas peur
J’ai rangé la cabane et trouvé de quoi l’alléger. J’ai nettoyé le code du site et j’ai retrouvé la pince rouge que ma colère n’avait pas fait sortir de sa cachette l’autre jour. Le téléphone ne cesse pas. Chez la vétérinaire, j’ai rassuré un chat inconnu qui grondait. J’ai reçu un cadeau. Nous avons roulé dans la campagne mais l’âne était en congé. Le chien soufflait fort, il a besoin de ces escapades, j’ai veillé à ne pas l’épuiser.
Ce n’est qu’à la maison, en traversant la pelouse, admirant le trèfle qui pousse librement et goûtant les rayons du soleil, que je me suis dit « ça y est !« .
J’aurais pu dire « c’est maintenant« , « c’est en ce moment« .
Une sorte de fécondation intime de l’âme unie à l’esprit.
Ou ce moment où tu sais que le gâteau au four doit être cuit. Il sera chaud et bon. Pas besoin de vérifier à l’horloge. Ton expertise est affûtée.
Comme ce quelque chose en moi déverrouillé. Cette liberté intime. Un signal allumé. Ce déploiement. Des choses qu’on abandonne parce qu’elles ne répondent pas à ce que nous sommes, ce qui nous définit, parce qu’elles nous encombrent la vie. Et d’autres vers lesquelles on se tourne, que l’on a choisies, que l’on décide et qui ne feront de mal à personne.
Je suis à moi même, résolu dans ce que j’ai à faire.
J’entends le monde et ses drames abominables : un adolescent fou de désespoir a commis l’irréparable dévastant plusieurs vies sur son passage et la sienne et cette jeune fille surtout. Ce sang partout.
La seule réponse c’est l’amour.
Il faut aimer les gens à juste équilibre pour ne surtout pas les empêcher de s’épanouir et de choisir leur vie mais ne jamais les laisser seuls, sans parole, sans protection. C’est là qu’ils font des conneries.
Il faut désarmer le monde et ce n’est pas gagné. Petit garçon, je le savais déjà, avec une acuité peut-être plus forte qu’aujourd’hui.
Je n’ai pourtant pas peur, je marche, j’avance, je dis ou je me tais s’il le faut.
Ce que j’abandonne c’est pour me retrouver, me retrouver c’est vous retrouver ou rencontrer…
Les uniformes de la pensée, les petites trouilles ordinaires de la réglementation abusive, les modes d’emplois et les trucs à la mode, les « c’est pas de ton âge » puis les « c’est plus de ton âge« … laissez moi rigoler : ce n’est jamais le bon moment avec le club conformiste et les élégants Tartuffes qui voudraient gouverner nos vies.
Soudainement on n’a plus mal.
Ce n’est pas que la maladie pourrait ne pas revenir, ni même la souffrance. « Même pas mal ! » disent les enfants pour garder leur dignité, aller de l’avant ou déstabiliser l’adversaire.
Soudainement on se libère de l’emprise de ce qui faisait justement mal. Certains cultivent mieux la douleur que leur jardin.
Maintenant, je n’ai pas le temps pour la lamentation, la plainte, la salle d’attente chez le médecin et encore moins l’hôpital. Je dois avancer dans l’histoire. J’ai encore à écrire.
C’est un peu comme le fruit d’un travail en soi, sur soi. Une alliance avec soi, une foi en soi. Mais ça n’est pas se tripoter le nombril, rien à voir. C’est se rendre disponible comme lorsqu’on range sa maison pour pouvoir accueillir autrui.
Je ne suis pas là pour attendre les catastrophes, les susciter, les commenter. Je ne suis pas là pour me sacrifier parce que je préfère partager. La fortune ne m’intéresse pas et l’injustice m’engage mais je ne veux pas laisser au dogme, à la doxa, quelconque emprise. Je ferai au mieux avec sincérité. Je ne donne de leçons à personne, ce n’est pas pour en recevoir.
Apprendre encore pourtant !
J’en apprends encore et sur moi, comme sur vous. Sacré humanité ! Si on m’avait dit tout ça avant que je ne débarque sur votre planète ! Et la fraternité est un efficace ferment d’optimisme. Mine de rien.
Je me dis que lectrices et lecteurs me trouveront elliptique, obscur. Je ne vais pas tout étaler sur le drap blanc de ma vie sous le soleil.
Parfois, un mari infidèle jure : « mais si chérie, j’ai changé ! »
Il aimerait peut-être mais il ne s’est pas défait assez de ce qui l’encombre pour retrouver le véritable courage. Aller à soi, pour pouvoir aller à l’autre. T’aimes-tu assez pour l’aimer ?
Mais les crétins de coachs qui vous disent de vous faire des déclarations d’amour devant votre miroir vous leurrent. Outre que c’est assez ridicule, ce n’est pas comme ça que l’on se rencontre. Se rencontrer ce n’est pas se mettre tout nu devant un miroir et s’envoyer des messages positifs, c’est oser prendre des nouvelles de soi, s’accueillir, chercher en soi, se moquer de soi, se dire ce qu’on esquisse parfois vers un ami mais que l’on ne se dit pas vraiment autrement qu’en intuitions brouillonnes. Ce n’est pas question d’aveux, de confession… c’est aller vers soi : « ça te fait du bien et du bon vraiment ? ça ne nuit à personne ? « . C’est déjà le début.
Nous sommes nombreux à attendre des mois un rendez-vous chez le spécialiste, mais nous nous refusons des rendez-vous à nous-mêmes. « Nous ne sommes pas disponibles ». Nous restons souvent dans le vestibule de nos sentiments, de nos sensations.
Nous n’arrachons pas les réticences, nous les laissons nous encombrer et prospérer comme des ronces qui vont tout étouffer.
Le changement intérieur, celui que l’on ressent, n’est pas qu’une affaire de décor, de papier peint ou de résolutions qu’on tente de tenir. C’est qu’à présent, on est dans ce nouveau moment, ce nouveau cycle de vie comme on en a connu d’autres.
J’aime cette idée.
On reçoit des messages de soi-même. On se retrouve.
La nuit est tombée et je ne vois plus au loin que la ligne sombre du causse sur un ciel encore violacé du soleil couchant.
Ce que je sais, les animaux de la maison, la nature, le savent très bien. C’est pour ça qu’on s’entend à merveille. Oui, la vie change. Dedans. Dehors. Et c’est aussi une preuve qu’elle est plus forte que la mort. La mort n’est qu’une grognasse trouillarde aux mamelles sèches.


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