Si je dis craindre le conformisme, l’anticonformisme s’il n’oblige pas à penser contre soi risque de n’être qu’une posture. Je veux penser par moi-même sans me croire original ni chercher à l’être. Pas relativiser, mais frotter mes valeurs à la réalité multiple, en marchant. La question n’est pas de répondre à une norme. Il ne s’agit pas de penser contre. Même la cohérence revendiquée peut n’être qu’une forme de paresse intellectuelle. Si le doute doit céder la place au choix, celui-ci ne doit pas être irréversible si l’on veut éviter le suicide ou n’être qu’un mort vivant.
Nous sommes sommé·es de nous définir
Une façon de se vêtir, de se meubler, de se nourrir, d’acheter… Nos lectures, la façon de nous déplacer, de nous informer, nos fréquentations, notre âge, notre métier, nos habitudes, tout nous définit.
Défenseur convaincu du logiciel libre, j’ai souvent été mal vu par des « spécialistes » qui jugeaient mes choix : « Ubuntu, c’est pas bien » (sous entendu pas « pur »).
Critique vis à vis de l’intelligence artificielle, il m’est arrivé d’y recourir par exemple pour adapter des bouts de code utilisés pour alléger ce site. Malheureux !
J’ai quitté les réseaux sociaux inféodés aux géants du Web, mais je vais voir de temps en temps ce qu’ils produisent. Je sais aussi que cela ne suffit pas de fréquenter un réseau du Fédiverse si je ne change pas d’approche. Je regarde peu la télévision mais j’ai besoin de savoir ce qu’elle diffuse pour la critiquer et mieux comprendre comment elle peut-être reçue. Je peux même éprouver du plaisir en regardant une série… et passer très vite à autre chose.
Défenseur du mariage pour tous comme droit légitime, je n’en voudrais pas pour moi. Si on avait supprimé le mariage civil, j’aurais trouvé ça intéressant ! Sommé de dire mes préférences sexuelles j’ai toujours refusé de me laisser définir par des biais relatifs à une communauté ou une culture supposée d’appartenance. Pourtant je veux aussi pouvoir faire acte de solidarité si c’est nécessaire auprès d’une personne agressée en raison de ses préférences, de ce qu’elle est etc…
J’ai fréquenté dans ma vie des gens très différents culturellement, socialement et la confrontation fit parfois des frictions.
Dépasser l’opinion pour retrouver l’autre
On préjuge de l’autre comme de soi. Ce qui compte c’est dépasser l’assignation et chercher l’émancipation y compris de ses propres représentations. Il faut pouvoir trouver la femme ou l’homme sous l’apparence et j’ai eu heureusement de merveilleuses surprises. Y compris avec moi-même sans en concevoir de fierté particulière autre que celle de l’effort récompensé…provisoirement.
J’aime qu’on me surprenne sans vouloir me choquer. Que l’on m’enseigne en partageant sans condescendance ni me faire la leçon. Considérant chacune et chacun d’égale dignité, je me refuse à dire qu’une personne agit seulement en fonction de sa génération, de son origine sociale ou de sa culture mais je ne veux pas ignorer le poids du déterminisme.
Notre monde est gouverné par les sondages, par les likes, manipulé. Ce n’est pas nouveau. Un grand prix littéraire n’est pas forcément la preuve d’un chef d’œuvre. Il en est des cachés, des discrets. Mais un grand prix littéraire peut-être un chef d’œuvre.
Si j’aime souvent les films d’auteur, j’accepte l’expérience d’être surpris et le risque de m’ennuyer.
J’ai trouvé parfois de la philosophie dans les pages d’un roman policier, de la poésie dans une chanson commerciale et de la mièvrerie dans un poème d’auteur reconnu. Et ce n’est pas grave.
L’humour et la poésie peuvent aider à désacraliser les choses.
Ce qui compte, c’est tenter de se rendre disponible à la rencontre. On ne l’est pas toujours. Accepter d’être surpris de l’autre comme de soi. Mais refuser d’être inféodé, jugé sur ce que l’on est et non ses actes.
Au lycée les copines qui se disaient marginales étaient toutes habillées de violet. Elles pouvaient dire des choses intéressantes, mais elles pouvaient aussi répéter en boucle des antiennes dites et redites pour s’identifier, recevoir une validation… il fallait discuter « à part » pour accéder à leur réel et échanger vraiment.
Je ne cherche pas à être original mais à me rencontrer
L’autre jour on me disait pour me mettre dans une boucle amicale : « nous sommes des marginaux« . Je répondis en riant que c’était les autres qui ne sont pas normaux.
J’aime éprouver la morale au réel de l’existence.
L’inconstance est un piège. Mais changer d’avis est aussi la preuve que l’on est vivant, que « ça se discute ». La preuve d’un jour peut-être remise en cause demain (ce qui ne veut pas dire relativiser et tout placer au même niveau, mais ne pas figer la connaissance). On croyait que le nombre de connexions neuronales déclinait après vingt ans. C’est faux. La neuroplasticité persiste tout au long de la vie mais elle doit être nourrie en apprenant, en bougeant, en se stimulant, en rencontrant, en dormant, en mangeant bien… en aimant au sens général (la vie, soi-même, autrui).
Je dis tout cela ce matin, dans un petit désordre apparent, pour répondre à cette sentence entendue : « De toute façon tu es un anticonformiste toi.«
— Mais non, mais non…

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