Comment se référer à ses valeurs en restant ouvert ?

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Comment conjuguer l’exigence du respect des valeurs que je défends, avec la souplesse et l’ouverture d’esprit nécessaires pour ne pas devenir l’intégriste de mes propres représentations et continuer d’évoluer ? Ne m’arrive-t-il pas de m’empêcher d’évoluer ou de prendre vraiment le réel en compte ?

N’être ni Tartuffe ni opportuniste

Il est illégitime d’enlever un dictateur pour l’emprisonner dans un autre pays sous de mauvais prétextes, mais refuser toute ingérence quand un peuple subit sa dictature peut rendre complice de cette dictature. L’Histoire nous a démontré qu’un dictateur peut en cacher un autre. Elle nous a montré aussi que le « réalisme » peut conduire à la compromission. Pour autant, un bon compromis, respectueux, peut constituer une avancée.

Surtout, notre difficulté est d’élaborer et d’énoncer des principes sans vouloir penser à la place des autres, des personnes concernées au premier chef.

Sur un tout autre sujet, j’énonçais hier faire partie des personnes qui se refusent à sombrer dans le consumérisme ou bien souvent ici j’explique pourquoi je refuse les géants du web. Je veux défendre et étayer mes convictions sans pour autant me lancer dans une police de la pensée, m’enferrer dans la moraline en désignant les bons des mauvais.

Il y a ce qui relève des choix individuels, il y a ce qui est acceptable même si cela ne renvoie pas à mes valeurs et il y a ce qui est inacceptable : ce qui touche à la dignité humaine, au respect de l’environnement, etc.

Si des ruptures sont parfois nécessaires, la question du progrès durable suppose que le coût à payer pour une transition reste bien inférieur aux avantages acquis. Pour autant, nous savons qu’une progressivité trop lente ne construit pas un véritable changement.

Dans tous les cas, il faut s’évertuer à ne pas avoir une représentation univoque, accepter que plusieurs voies sont possibles et même doivent être développées sur le principe premier : nous sommes tous humains d’égale dignité mais chaque personne est unique.

Accepter que l’on peut se tromper et valoriser l’idée d’essai

Ce que je crois reste le fruit de mon éducation, de mon expérience. Je refuse d’être assigné au déterminisme social ou culturel, à une communauté. Mais ce que je pense est le fruit de ce que j’ai appris et de la vision que j’ai développée du point où je me suis trouvé aux différentes étapes de ma vie.

Même si je me suis dépaysé en me frottant à différents contextes, différents lieux de vie, différents environnements sociaux et culturels, j’ai pu réitérer certaines erreurs tout en éprouvant la qualité de mes valeurs.

Sur la base de mon agnosticisme que mon expérience de vie a renforcé, l’amour de la vie et le ressenti de son mystère à la confrontation du vivant, de l’animé et de l’inanimé comme du souffle poétique, ont fait que j’ai intégré une sorte de ressenti mystique. C’est ce sentiment de reliance, de super-empathie qui me rend capable d’aimer l’oiseau qui passe ou d’être sensible au destin d’un enfant au bout du monde.

S’auto-observer

Je m’éprouve, pas seulement au miroir. Je prétends ne pas juger autrui, je me juge sans cesse et ce faisant, je me sépare. C’est le risque premier de notre société individualiste. Quand nous ne pensons pas seule·e nous pensons en chapelles.

La question n’est ni de chercher à convaincre, ni d’adhérer.

Il faudrait pouvoir examiner mes certitudes ou mes croyances. Les distinguer. D’où cela vient-il que je pense telle ou telle chose ? Est-ce affaire de transmission, de formation, d’expérience ? Mais si c’est une expérience, n’en ai-je pas tiré des généralités hâtives ?

Et mes valeurs, comment je les traduis en actes ? Suis-je capable de me rendre disponible à la découverte, la remise en cause de ce que j’avais appris ou imaginé ? Suis assez solide pour être déstabilisé sans m’effondrer mais au contraire avancer nourri d’une nouvelle motivation à explorer et cheminer ? Suis-je toujours dans la démarche de donner du sens plutôt que de chercher un sens ou un prêt à penser ?

Rencontrer d’autres points de vue

Il faudrait pouvoir trouver ou recréer des zones de confrontation respectueuse où il serait défini au départ qu’il n’y aurait pas de compétition mais une nécessité d’explication. Je dois commencer à apprendre « pourquoi tu penses ça ». Même si je suis en désaccord, même si ça me révulse.

Il ne s’agit pas encore d’inventorier des arguments de part et d’autre, il ne s’agit pas de dîner avec le diable même avec une longue cuiller. Il faut accepter que cela sera peut-être éprouvant, négocier des règles du jeu, même imparfaites.

Veiller à ne pas rester dans l’ignorance sans pour autant accepter d’être mal traité.

Revenir au réel

Et toujours si possible, se reconnecter au réel. La vie, ma vie, n’est ni un plan, ni un programme politique. Je ne pense pas contre, surtout pas contre autrui, je pense pour. Pour pouvoir prendre ma place libre et digne, pour que la pensée puisse s’exercer ; circuler, évoluer, fluidifier ma relation au monde… Apprendre pour comprendre, pour créer, partager et prendre soin…

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