Cessons de proposer des alternatives aux GAFAM !

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Cessons de proposer des alternatives aux GAFAM. Pourquoi cette apparente provocation ? Parce que ce faisant, nous plaçons encore notre étalon de référence au niveau des produits et de la logique des géants du Web. Nous ferions mieux de partir d’une analyse de nos besoins, du « pourquoi » nous voulons tels ou tels outils, pour en faire quoi et avec qui . Qu’attendons-nous de ces outils en termes de valeurs ? Comment voulons-nous communiquer ? Quel rôle et quel engagement actif donnons-nous à notre présence numérique ?


Tu verras c’est comme Google !

Une fameuse antienne répétée à l’envie est devenue comme un slogan : « si c’est gratuit, c’est toi le produit ».

Mais rien n’est gratuit en réalité.

L’obsolescence programmée de Windows 10 qui va contraindre nombre de personnes mal informées à jeter leur machine en est une preuve. On paye, on paye plusieurs fois : par les équipements qui doivent être de plus en plus « performants », l’envahissement publicitaire, le conditionnement consumériste et la perméabilité des géants du Web à l’illibéralisme. On paye pour être espionné, on paye pour acheter, on paye pour devenir dépendant, on paye pour scroller à l’infini, on paye pour devenir con.

Mon fournisseur téléphonique m’offre plein de gigas à ajouter à ceux que je n’utilise déjà pas. Mais je n’ai pas besoin de tes 200 gigas, j’en dépasse très rarement 2. Le but du jeu, est bien que j’utilise ces ressources pour consommer ce qui sera proposé d’abord gratuitement… Technique des dealers.

La question est plutôt : pourquoi je paye ça, quelle valeur suis-je prêt à donner à tel ou tel outil qui demande du travail de conception ou de maintenance ?

Il existe des substituts plus ou moins comparables et efficaces à ce que proposent les géants du web.

« Essaye Linux Mint » ça ressemble à Windows ».

Euh, non merci alors.

Mon cerveau a besoin de penser autrement.

Qu’attendons-nous des outils numériques ?

J’attends de ne pas être espionné par le marteau avec lequel je bricole. Pas plus par ma messagerie électronique. J’attends qu’on ne me piste pas, qu’on ne vende pas mes données, qu’on me respecte.

Je préfère payer plutôt que d’avoir de la publicité. Dans ce cas, j’ai une exigence plus forte encore en matière de sécurité.

Je souhaite un Internet de coopération plutôt que de compétition. Le système économique dominant est loin de mes valeurs et même si m’en libérer ne l’affaiblira que peu, je préfère mon indépendance relative.

En cohérence avec ma perception de l’écologie, j’essaie d’avoir des usages responsables. Faire que le site que vous lisez soit léger, dépourvu de cookie etc. fut une exigence, presque un travail.

Mon mail perso est chez Infomaniak. Un cloud est proposé et je peux l’augmenter. Cette compagnie a priori ne vend pas mon mail et si je fais attention à ne pas m’inscrire n’importe où ou fréquenter n’importe quel site, je garderai une boite propre. Mais si je peux stocker des photos « comme dans Google photos », la vraie question est de savoir quelles photos et pour quoi faire ?

Les photos papier, c’était déjà galère à trier, ranger, classer dans des albums. Le numérique pose de nombreux problèmes : sécurité, pérennité, accumulation…

Quand j’ai quitté Twitter ce n’était surtout pas pour retrouver ailleurs la même ambiance pourrie !

Changer de paradigme

On fait des concessions au système. Je suis contre la bagnole mais bien obligé d’en avoir une ici si je veux remplir le frigo. Je vais tenter de la garder en bon état le plus longtemps possible. Un âne et une charrette ce serait compliqué.

De même, si je réduis l’usage de mon smartphone, je gère mes comptes bancaires avec une appli que je ne trouve pas partout. Pour le coup, en attendant qu’une alternative répondant à mes besoins existe, je fais des concessions. Je ne peux tout contrôler mais je suis en veille active et dans des choix aussi conscients que possible.

J‘ai quitté Méta. Pas l’ombre d’un regret et aucun manque si ce n’est très ponctuellement. J’ai un temps cherché une alternative à Instagram. Puis j’ai découvert que PixelFed pas plus qu’un autre ne répondait à mes besoins. Si je veux partager mes images, je le fais par mon site tout comme mon point de vue. Mon serveur personnel me permet de stocker les images des vacances et même de les partager directement avec les copains.

L’usage que j’ai des réseaux sociaux fait que je peux y partager de courtes pensées ou réactions, mais je préfère largement commenter et développer via un blog.

Je ne cherche pas à convaincre des convaincus, je préfère développer ma pensée, je n’ai ni envie de jouer les trolls ni de m’engager dans des débats stériles et infinis malgré le fait que notre cerveau adore ça.

Changer de paradigme c’est arrêter le concours de bites.

Photoshop est un logiciel ultra complet. Mais qui en utilise toutes les possibilités ? Il est cher. J’ai Gimp. Il est gratuit et pas si simple alors au quotidien j’utilise Gthumb gratuit et encore plus simple qui convertit mes images en un clin d’œil. C’est le besoin qui a commandé mon choix, pas la recherche d’un substitut…

Dans les cuisines modernes, on a souvent de super-robots multi fonctions… mais on en utilise une ou deux.

Certes, une invention, la richesse d’un logiciel, peut stimuler ma créativité si ma courbe d’apprentissage ne devient pas une pente rude. Le plus souvent, je vais chercher une réponse à un besoin et je cherche le bon outil. Et puis la richesse d’un logiciel simple et libre comme Audacity me suffit pour m’amuser à mixer des pistes !

Par exemple sur se site, j’utilise des fonctionnalités : je peux aller chercher une extension ou un « bout de code ». La deuxième façon de faire me plaît de plus en plus car elle me permet de répondre à un besoin de façon légère et de mieux comprendre sur quelle variable j’agis.

Ce que je veux dire, c’est qu’il faut que nous tentions d’aller vers des choix actifs et conscients.

Par exemple, au début via WordPress il y avait une extension qui permettait de partager automatiquement des publications sur Facebook. Je l’ai retirée quand j’ai compris que ça ajoutait des cookies à ce site tout en promouvant un réseau social avec lequel je suis en désaccord. Et que j’ai quitté, je l’ai déjà dit.

Aller vers des choix conscients

J’ai abandonné Windows progressivement depuis 2015 jusqu’à « ressentir » une meilleure adéquation, un alignement, entre mes besoins, mes valeurs et Linux. Je ne suis pas allé vers des distributions trop arides. Maintenant d’une certaine façon, je suis conditionné positivement à l’utilisation de ce système, j’en retire du bénéfice et une grande souplesse, un sentiment de liberté et d’efficacité y compris technique. Quand j’ai acheté mon nouvel ordinateur en 2020, il était pré-équipé sous Linux.

Si au début, il a fallut me « déconditionner », quand j’utilise Libre Office aujourd’hui avec ses extensions comme Grammalecte, j’ai complètement oublié Word. L’interopérabilité est parfaite. J’exporte en .pdf si besoin d’un clic… mais ma référence n’est plus les outils des géants du Web.

Ma voiture, je veux qu’elle me transporte en sécurité. Je ne cherche pas à ce qu’elle ressemble à une bagnole de grande marque que je n’aurais pas les moyens de me payer. La vitesse est limitée, je ne vais pas moins vite que les autres au marché de Villefranche de Rouergue.

Bien entendu, en arrière plan, je ne méconnais pas la super puissance économique des géants du web. Le système économique qui nous domine est plus que fort et détient le pouvoir. Il est si fort que pas même la gauche la plus extrême n’imagine vraiment une alternative possible.

Revenir aux questions

Les questions qui devraient être mises en avant, un peu comme lorsqu’on parle de politique sont des questions de valeurs, de choix argumentés.

Par exemple, lorsque la gauche parle de pouvoir d’achat, ça parait sympathique. Mais c’est très con s’il s’agit juste de permettre d’accéder aux produits de la société capitaliste et de s’asservir un peu plus à l’obsolescence programmée des machines ou à la mode.

Faut-il donner une allocation de rentrée ou donner les fournitures gratuites au long de la scolarité ? Ce n’est peut-être pas la même logique politique et sociale… même si on est d’accord, il faut aider les plus faibles…

Pour revenir au numérique, la vraie question n’est pas de proposer une alternative aux géants du web, mais de s’interroger : quels outils ? pour quoi faire ? avec qui ? Alors on verra que les outils open source libres et le plus souvent gratuits répondent parfaitement à l’essentiel de nos besoins et qu’en plus ils nous respectent.

un gars tape à l'ordi - image open source libre

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