« La catastrophe qui finit par arriver n’est jamais celle à laquelle on s’est préparé. » C’est je crois Mark Twain qui disait ça. J’y pensais en écoutant les nouvelles du monde : une guerre qui va s’éterniser, un cluster d’épidémie qui inquiète. Tu croyais que l’accident allait arriver là, ça pète ailleurs. Aujourd’hui, il pleut sur les roses.
Que faire de ses sombres pensées ?
L’autre soir à la télévision un vieux monsieur annonçait sa candidature à l’élection présidentielle désavouant ses propres promesses et soulignant en creux que personne ne saurait dans son propre camp se substituer à lui avec assez de talent. Mais c’est le jeu. Pourquoi courent-ils tous après ce hochet dérisoire ?
« Il n’est pas de sauveur suprême… » Qui attend encore quelque chose de cette élection ? Le monde s’effondre et nous nous disputons consciencieusement.
Les valeurs ? Au placard. Chacun cultive son ressentiment comme une plante potagère. Il est si bon et confortable d’avoir un ennemi pour excuser sa propre veulerie.
Le vingt et unième siècle
Gamin, je le voyais avec des aéroglisseurs, de grands espaces ouverts, une modernité douce. Je n’avais pas un seul instant imaginé la révolution numérique mais des robots à notre service, peut-être bien. Très tôt, je pense vers douze ans, j’imaginais que j’aurais une femme, un homme et des tas d’enfants et que nous habiterions une immense maison. J’avais inventé le trouple. La réalité a été autre.
Je tente pour ne pas devenir tout à fait fou, de plonger pleinement dans le présent, de me relier au présent. J’aime la profondeur, l’immensité de l’instant. C’est là que je me console, en allant voir les roses sous la pluie, en plongeant dans les yeux de la chatte, en écoutant le babil d’un enfant.
Je n’oublie pas l’oppression, la bêtise partout, les ambitieux et leur goût mortifère du pouvoir. Je n’oublie pas les massacres, ceux dont on parle, ceux qu’on tait. Je n’oublie pas les salauds qui continuent de tabasser leur compagne. Comment font-ils pour ne pas se suicider en se regardant dans le miroir ?
Mais c’est quoi ce siècle où les compteurs s’affolent et où les gens chipotent en faisant semblant de ne pas comprendre ?
La vie d’abord !
Rester humain : du côté de ce qui vit, des roses, de la pluie, des enfants et des vieux, du chant, du geste, de la créativité. Voilà ce qui me tient. Me retient.
Quand je doute au point de ne plus voir que la déliquescence, c’est cela qui me sauve, écouter l’humain en moi, le besoin de paix, la joie du chant. Et admirer l’autre.
Que celles et ceux qui savent peindre peignent. Que les autres écrivent, chantent ou dansent. La danse ! J’admire les danseurs. Chacun trouvera sa passion, sa surprise.
Les guerres que nous avons à nous faire, nous devrions les danser, juste les danser dans d’immenses battles sans la moindre arme. Un différent avec le voisin ? On viendrait le danser devant sa maison. Un conflit social ? On danserait devant le patron qui lui même danserait en réponse.
Les dictateurs ne dansent pas.
Mais avez-vous déjà vu un bébé qui danse ? Il faut regarder ses yeux et ses mains.
D’où ça nous vient la danse sinon de la joie mystique ?
Une personne que j’apprécie énormément m’avouait hier son désarroi. Et je n’ai pas osé l’inciter à danser son désarroi. « Je danse sur ma dissidence… » chantait Ana Prucnal.
On ne peut pas se préparer au pire. Mais on peut cultiver nos roses avec tendresse et même s’il pleut glisser un vieux trente-trois-tours sur le phono et danser en sa maison !

Un mot en retour ?