Obnubilés par les grandes villes, la compétition entre les partis, les médias s’exonèrent à bon compte d’une analyse des votes dans les petites communes, y compris celles où une seule liste se présentant, souvent sans étiquette, l’enjeu semblait réduit, et pourtant, sous les chiffres, il y a bien des questions qui devraient alerter.
Sans rature, ni panachage
70% des communes françaises ont moins de 1000 habitants. Ce sont des communes rurales, souvent de cette France qui se sent oubliée, avec peu de services publics encore présents, désert médical, mal desservie. Pour ma commune, on est loin des zones d’attraction urbaine.
Dans ces communes très souvent une seule liste se présentait, obligatoirement paritaire avec interdiction dorénavant de barrer des noms ou de panacher des listes. Je suis donc allé voter sachant d’avance qui serait élu.
100 % des sièges pour 11 conseillères et conseillers.
Comme dans de nombreux lieux, même si la liste a été renouvelée pour accueillir des dames, la prime est venue « naturellement » au maire sortant.
Dans de très petites communes comme la mienne, où l’habitat est dispersé, les gens n’aiment pas les conflits ouverts et le maire se présentant sans étiquette officielle, personne n’a imaginé constituer une deuxième liste.
Des questions sous les chiffres.
La participation était de 62,46%. En progression… mais il faut creuser un peu.
131 personnes ne sont pas allées voter.
173 ont voté en faveur du Maire.
10 ont voté blanc.
35 ont voté « nul ».
Compté séparément depuis 2014, le vote blanc n’est pas pris en compte en France. On peut supposer que c’est un acte « volontaire » au sens d’une volonté de se déplacer pour dire que l’on ne saurait choisir.
Il faudrait analyser les bulletins nuls pour savoir pourquoi ils l’ont été : des personnes ne connaissaient-elles pas la nouvelle réglementation ? Dans d’autres communes voisines, je n’ai pas trouvé autant de bulletins nuls… Ces personnes ont-elles écrit des messages particuliers, déchiré leur bulletin ? C’est une forme d’expression qui ne sera partagée qu’en direction des personnes chargées de dépouiller…
On peut noter qu’un peu plus de 20% des électeurs qui se sont déplacés n’ont pas voté pour la liste. Si on les ajoute au 131 qui sont allés à la pêche, 176 n’ont pas voté pour la liste élue contre 173… Cela nuance à tout le moins le sentiment de plébiscite que l’on pourrait avoir.
Et il ne faut pas oublier que 101 voix s’étaient portées sur l’extrême droite au second tour de la dernière élection présidentielle… avec au premier tour 27,07% pour l’extrême droite et 26.32% pour Jean-Luc Mélenchon…
Le bouche à oreille ne suffit pas à la démocratie
Dans les petites communautés, faute de moyens, l’exercice démocratique est fort limité. C’est le bouche à oreille, les échanges individuels qui priment. Je n’ai reçu aucun bilan du mandat précédent, pas de réunion publique et j’ai découvert par hasard un projet modeste dans les médias. La convivialité accompagnée par la commune s’exprime surtout en « repas des anciens » et du côté de la fête locale animée par des jeunes… dont je crains qu’ils ne soient guère allés voter.
Quand tout le monde se connaît, c’est un peu comme dans les familles, on n’ose guère proposer des nouveautés qui viendraient rompre avec les habitudes…
À la campagne, je ne sais si c’est un bien ou un mal, il n’y a pas de partis politiques, de vie militante… Le réseau associatif vivifie souvent plus les communes que l’action municipale limitée par des budgets réduits et dont le pouvoir est souvent délégué à des communautés de communes…
On pourrait mettre ces questions sous le tapis et les oublier. Ce serait une erreur. Ethnologues, sociologues, politiques, on vous attend pour mieux comprendre et proposer d’autres démarches !

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