Je suis pris au piège du désherbage de la bibliothèque. Pour éliminer, souvent j’ouvre et je lis. Dans mes mains l’édition 1955 de « Les deux sources de la Morale et de la Religion ». De la morale est en caractères gras. Et je me sens si petit devant le texte. Je l’avais pas lu.
Touffu
J’ai bien compris que Bergson qui écrivait si talentueusement et conjuguait admirablement les temps du passé ne se voulait pas didactique. Il faut accepter de lire sans comprendre tout tout de suite. Il faut se débrouiller, se dépêtrer avec le texte. On ne peut pas lire en prenant des notes, encore moins en faisant émerger un plan.
Le texte, qui aime les longues phrases, est économe en paragraphes. Touffu mais pas si abstrait.
Mais Bergson n’aurait pas pu faire des vidéos pour Instagram ou YouTube ! Il est le contraire d’un influenceur ou d’un coach de développement personnel. Ceux-là récupèrent tout ce qu’ils peuvent de concepts mal digérés dont ils nous donnent un jus de chaussette censé nous élever. C’est du prêt à – mal – penser.
Est-ce que nous sommes encore capables de prendre le temps de lire Bergson ?
Bergson n’aurait peut-être pas aimé l’époque technologique, algorithmique et encore moins l’intelligence universelle qui l’aurait décrypté de travers.
Touffu mais pas triste. Je m’accroche en feuilletant au récit de deux accidents. L’un évité de justesse par une dame pressée de prendre l’ascenseur ; l’autre, un accident de cheval vécu par Bergson lui-même. Et soudain, le suranné de la poésie que les images font surgir laisse apparaître un inattendu que le philosophe n’avait peut-être pas envisagé à moins que si, justement. Intuition ?
Bardot a-t-elle lu Bergson ?
Je ne connais pas le parcours scolaire de la dame. Lisait-elle ? Bergson faisait de l’équitation, pas de la moto.

Il avait tout de même un très joli chapeau.
Là comme ça, je ne me verrais pas la patience de me le coltiner.
Mais peut-être butiner des bouts dans un collage qui l’aurait choqué.
Tiens je lis : « Nous ne croyons pas à la fatalité en histoire. Il n’y a pas d’obstacle que des volontés suffisamment tendues ne puissent briser, si elles s’y prennent à temps. IL n’y a donc pas de loi historique inéluctable. « (p 318). Rassurant en ces périodes difficiles non ?
Le gars était dans la même promo que Jaurès et a eu Jarry comme élève. Tu te rends compte ?
Je garde ou j’évacue ?
Tout cela ne dit pas ce que je fais de l’ouvrage. Je rappelle que je dois évacuer nombre de livre de ma bibliothèque.
J’ai un peu de curiosité pour le mettre sur la table, le prendre, picorer, lire des bouts, peut-être dans un sens puis dans un autre et si le cœur m’en dit le poser et le reprendre encore.
À la différence du vidéogramme, on peut se saisir de l’écrit comme on veut. Sauter des pages, revenir en arrière, prendre des libertés si l’œil accroche.
Et puis si je ne comprends pas tout, j’aime bien cette attention aux mots, à la phrase. Allô Marcel ?
Il va rester un peu.

Un mot en retour ?