Le Fédiverse dérange et est sciemment occulté

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Réseaux sociaux
5–7 minutes

Je viens d’assister à une webconférence sur le thème des réseaux sociaux et de leurs dangers. Si les problèmes ont été pointés que ce soit relativement au modèle économique ou aux difficultés psychosociales, si l’on a évoqué les géants du Web, le Fédiverse a été silencié. Ignorance ? Je crois que le Fédiverse dérange et est soigneusement occulté. S’il ne constitue pas LA solution, il apporte pourtant des réponses claires à des problèmes connus et la possibilité d’agir autrement.


Le choix du support commençait mal

Ce n’était pas annoncé dès le départ, pourtant la grande mutuelle qui organisait la webconférence se gardait bien de dire que c’était sur Zoom (alors que j’avais déjà râlé à ce sujet).

Zoom c’est américain, son code n’est pas libre, en m’inscrivant avec mon mail, mon nom et prénom obligatoires, aucune information n’a été donnée relativement aux données et la caméra se trouvait même activée par défaut ! Que fera l’organisateur de mes données ? Que fera la plateforme ? Mystère.

Il existe des alternatives comme Jitsi.

Se plaindre des dérives commerciales et du scroll infini mangeur de temps sans évoquer les alternatives c’est se moquer du monde

Quand je suis sur Mastodon personne ne vient m’envoyer de la pub et le scroll n’est pas infini. Ce n’est pas la course au like et ce n’est pas l’algorithme qui vient mettre en avant telle ou telle publication.

Ces simples faits devraient être dits.

Avant même d’évoquer les aspects techniques on peut simplement rappeler que :

Les réseaux commerciaux et géants du Web :

  • proposent des plateformes centralisées,
  • veulent capter l’attention, et la retenir et tant pis si c’est à coup de fausses nouvelles ou de buzz
  • ne disent jamais comment les algorithmes jouent sur le contenu
  • sont conçus pour faire de l’argent grâce à la publicité
  • ne protègent pas le droit des auteurs qui publient sur ces médias

Le fédiverse avec Mastodon par exemple – mais pas seulement – casse ce cadre car :

  • il est décentralisé
  • il n’est pas conduit par la publicité
  • il régule selon les instances les prises de parole
  • il pose d’emblée un cadre éthique
  • il n’est pas dirigé par des algorithmes

Taire qu’il existe une alternative, c’est en réalité prendre parti pour le modèle économique dominant qu’on en soit le promoteur actif ou le collaborateur passif.

Un problème culturel ?

Il est vrai que les libristes ont parfois cultivé l’entre-soi et ont pu adopter des postures presque intégristes tant ils étaient (ou sont ) à vif sur ces sujets. La fuite massive de X vers Mastodon a soulevé des craintes. Le problème a été d’avoir trop souvent présenté le Fédiverse comme une solution de remplacement alors qu’il s’agit d’une autre façon de voir les choses.

J’avais démontré il y a longtemps, lorsque j’étais sur Twitter, qu’il ne fallait pas se fier au nombre d’abonnés : nombre de comptes étaient des faux, ne fonctionnaient plus, avaient été abandonnés etc. Avec 900 abonnés sur Twitter j’étais moins visible qu’avec 300 sur Mastodon.

Il faut apprendre à passer d’une logique quantitative à une logique qualitative.

C’est compliqué ?

Ben non. Je suis déjà vieux et je n’ai pas eu trop de mal à choisir une instance, à en changer même et à apprendre petit à petit comment ça fonctionne.

Il faut faire preuve d’un peu de curiosité, cibler les thèmes qui intéressent, dialoguer avec bienveillance mais techniquement je ne vois vraiment rien de complexe et les paramétrages sont même bien plus simples que sur Facebook.

La plupart du temps ce sont des gens qui n’ont regardé les choses que de très loin qui ont dit que c’était trop technique, pour les geeks, les militants ou les marginaux. Certes, le modèle est plus porté sur la coopération que la compétition, mais j’y vois des gens de toutes sortes, pas forcément des technos, loin de là…

Et les valeurs sont là

Je ne suis pas d’accord avec tout le monde, mais sur Mastodon, homophobie et racisme, je ne les vois pas. La pornographie est bien circonscrite et les sujets scabreux protégés. On peut faire mille reproches mais c’est un espace « safe ».

Les personnes qui fréquentent Mastodon peuvent avoir des coups de gueule, mais j’y ai découvert des poètes, des artistes, des écrivains, des façons de penser enrichissantes et qui m’ont fait plus d’une fois sortir de ma zone de confort.

Tisser des liens

Comme sur les autres réseaux la difficulté peut être de passer du virtuel au réel.

Il y a des choses que j’aime bien :

  • découvrir grâce à un message, un blog ou un site intéressant
  • être informé d’un fait peu médiatisé
  • quand des liens se tissent peu à peu

Et je me disais ce matin, qu’il faudrait activer davantage des initiatives qui existent déjà et qui consistent à favoriser de véritables rencontres, in situ quand c’est possible.

Ma question n’a pas eu d’écho

Je ne l’ai peut-être pas bien formulée, mais ça a bredouillé un peu chez les intervenants comme s’il ne fallait évoquer que les réseaux « grand public ». Pas une seule fois on a entendu les mots de Mastodon, Fédiverse et je passe PeerTube ou Pixelfed.

Immédiatement je me suis dit que cette conférence, c’était un peu comme parler de diététique chez Mac Do. Non, on peut mieux manger ailleurs de façon équilibrée, en sortant de la logique imposée par un modèle économique.

Si on ne le sait pas en se disant « expert » c’est fort dommage. Et inquiétant. Si on le sait, c’est méprisant et inacceptable.

Zoom

Regardez le message automatique que vient de m’envoyer Zoom à l’instant même où j’écris ces lignes. Je ne me suis jamais inscrit pour recevoir ces messages ! Et je ne sais pas ce que Zoom va faire de mon mail… Visiblement, il échappe aux organisateurs de la conférence que leur responsabilité est engagée. Allô la CNIL ?

Conclusion provisoire

Certains ont ri l’autre jour parce que j’ai écrit à mon député qui se dit de gauche mais n’est présent que sur des réseaux sociaux de droite et d’extrême droite.

Si chacun fait bien ce qu’il veut, il me semble qu’un élu pourrait s’engager et au moins être présent sur les réseaux alternatifs.

Comme le dit souvent à sa façon Louis Derrac sur son excellent blogue, l’idée n’est pas d’être un intégriste du libre ou du fédiverse, mais de chercher un numérique acceptable. Cela passe par une forme de résistance au discours ambiant, la recherche de cohérence. Il faut rappeler que sans magie, il existe une solution à nombre de problèmes posés par les grands réseaux sociaux. Le reconnaître serait déjà bien !

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