Si le chien s’est rendormi après avoir voulu sortir un peu avant trois heures du matin, mon cerveau a refusé de rester calme. Trois heures de sommeil en pointillé, c’est peu. Une nuit d’insomnie pourtant n’est pas que déplaisante.
Il s’est rendormi
L’anxieux que l’âge et les douleurs tarabustent, lui qui me réveilla à force de se lécher les pattes, a su se rendormir presque brutalement après notre tour nocturne du jardin.
L’air était doux, ça ne va pas durer. L’herbe humide luisait sous les étoiles. Mes amies les chouettes diverses hululaient joyeusement. Un frisson de vent continuait à caresser les arbres bientôt tous dépouillés.
Promenade complice, le vieux chien a la démarche fragile et le risque de chute n’est jamais loin. Mais l’herbe est douce à ses coussinets. Il a bu longuement puis est venu s’affaler sur le tapis pour s’endormir épuisé. Galou est capable maintenant de plonger dans des limbes profondes, presque comateuses. Lui dont la respiration est d’ordinaire si bruyante la retient au point que souvent je viens me pencher pour vérifier que ses flancs s’animent encore.
La revanche de la chatte
C’est alors que la chatte a décidé de prendre sa revanche. Je suis son humain. Séance de pétrissage et de ronronnement. J’ai failli écrire « ronronnage« . Convocation de ma main, regard intense. Il faut que je me soumette. Elle me lit. C’est presque indécent. Puis soudain l’amoureuse décida qu’elle voulait sortir. Pas de chatière ici. Lève toi humain ! Je me suis levé, elle s’est enfuie comme une voleuse rejoindre un certain Rebel, son complice. Il faut que je m’y fasse. Isis fréquente. Elle a ses escapades à la Pomponnette.
L’insomniaque a froid
Une impression de froid d’abord. Pourtant, il ne fait pas froid dans la maison. Il sera bien temps. C’est un effet de la fatigue.
On tente d’aller la chercher comme une anesthésie. Mais c’est elle qui décide quand elle nous emportera. Ou plutôt c’est comme une lutte de l’âme contre l’esprit. Et me voilà m’arrachant du lit puisque le sommeil ne venait pas, tournant un peu dans la maison, résistant à la tentation des placards. Ici pas de sucre.
Mille bruits
Contrairement aux apparences ou à ce que l’on pense, à la campagne, la nuit, tout n’est pas silencieux. Tout vient aux oreilles : le vent qui fouille la vallée, des oiseaux de nuit, une poutre qui grince quelque part sous le toit, les machines dociles qui travaillent l’une à laver la vaisselle, l’autre à tenir la nourriture au frais. D’imperceptibles grincements, des petits mouvements contre les murs… qui rôde dehors ?
Les araignées sont-elle bruyantes quand elles se déplacent dans l’ombre ? Je les entends faisant craquer les mandibules des insectes qu’elles dégustent en cachette.
J’entends l’eau dans les gouttières, le passage de l’air dans la machine qui le fait circuler dans la maison. De loin vient l’aboiement d’un chien qui glapit son dépit sous la lune.
Écrire ?
Tout ce silence est propice à ce que mon cerveau remue des idées. Bouts de textes lancés, code informatique qu’on malmène, essais, reprises… Dans ces moments d’insomnie, on pourrait se croire inspiré, on est juste un rien exalté. Tout retombera demain. Un vieux soufflé.
La boite à idées pourtant se remplit. Ce sera à regarder. Parfois des graines à faire germer.
Et puis, sous l’écriture et ses bribes, je me cherche, je me retrouve, je m’accueille. On ne peut pas se mentir les nuits d’insomnies, on n’a pas besoin d’aller au miroir pour se voir et se savoir.
Et puis on bâille.
À cinq heures la faim !
La chatte est rentrée, j’ai fait chauffer la théière. Le chien dort encore. Je ne le réveillerai pas. Il a besoin de dormir, d’être rassuré dans ses rêves.
La faim sûre qui met en route vers la journée. J’ai faim ! C’est sûr !
Les choses à faire s’alignent dans une liste ambitieuse. Il y aura bien ce moment tout à l’heure, où je vais sombrer la tête entre deux oreillers et je n’entendrai aucun appel.


Un mot en retour ?