En réagissant face à des points de vue et tentant de forger mon opinion, je me retrouvai à me poser cette question de la classe de philo : est-ce que je pense par moi-même ? Forcément oui. La vraie question, est de savoir « est-ce que je pense bien ? » Est-ce que je le fais avec discernement, de façon éclairée ? Est-ce que je pense librement, en autonomie ?
Des slogans et des sondages
Vivons heureux en poésie
Un moment d’auto-critique pour commencer : ce site a pour slogan « Vivons heureux en poésie« .
On dirait presque un slogan publicitaire ou politique. S’il marque une apparente volonté, il peut non seulement s’avérer réducteur, mais contradictoire. Tout est dans l’adjectif « heureux » qui ajouté à la formule de Guillevic « Vivons en poésie » prend le risque d’imposer une sorte de « filtre » atténuant ma capacité à me laisser traverser de sensations, me situer dans le présent, me relier au « réel » de la vie. Il pose en creux la question de la capacité à se sentir « heureux » dans un monde où tout va mal.
« Plus c’est poétique, plus c’est vrai » disait Novalis. L’éthologie nous montre que le monde animal sait se relier à « la nature » mais son instinct n’est pas sans liens avec l’expérience et les interactions avec l’environnement. Mon chien en se promenant sur le causse où il est heureux, a-t-il une approche poétique de ce moment ? Parfois je le vois contempler le paysage avec sérénité…

Avec mon adjectif, je pose une volonté « personnelle », un choix. J’énonce des valeurs au risque du dogme.
Le sachant je pense par moi-même et je fais bien de préférer m’engager dans la volonté de me libérer du malheur. Cela n’a de valeur alors que si je m’engage en actes altruistes. Un slogan ou une formule comme une maxime, n’est rien sans actes.
Les sondages
Nous connaissons ces sondages présentés par les médias. Censés nous informer de l’état de l’opinion, ils prennent le risque d’orienter notre point de vue ou nos actions. Dans les réseaux sociaux, la répétition d’affirmations, la conflictualisation, les approches binaires, nous empêchent souvent de penser par nous-mêmes. Nous sommes priés de nous positionner ou de nous extraire. Nous nous retrouvons pris au piège de pensées totalitaires ou réductrices. Et l’on voit alors se poser la question des valeurs et de la façon dont nous avons pu les construire au fil de notre éducation ou de nos expériences.
On pourrait multiplier les exemples où faute de résolution et de courage, il n’est pas aisé de se libérer d’influences qui font que nous pensons « sous tutelle ».
Se montrer disponible à faire évoluer son point de vue sans se laisser guider par le vent
Mon devoir est de ne pas me laisser dans le confort de mes certitudes, ni même de rester dans la posture passive de celui qui douterait de tout. Toute pensée ne se vaut pas.
Pour bien penser, je dois avoir confiance en moi et de façon assez forte pour accepter de cheminer, de me laisser disponible à la surprise, sans me laisser aveugler par elle.
Je dois apprendre, lire, écouter les autres, m’appuyer sur des écrits. Mais je dois prendre garde à ne m’inféoder à aucun maître à penser et notamment ce nouveau clergé constitué par les coachs. Le coach affirme une pseudo vérité dont il se persuade pour tenter… de vendre un programme de développement personnel qui ne sera jamais qu’une sorte de gadget, de supplétif, de placebo provisoire… En terminant cette phrase à vocation « émancipatrice » je sais que je prends le risque de condamner certaines personnes qui peuvent dire des choses très intéressantes dans leurs fonctions de « coach ». Seulement, elles ne le font pas « au bon endroit ».
J’ai trouvé !
Quand Archimède ou tout autre savant fait une grande découverte, c’est qu’il a su aligner ses connaissances, son expérience et ses valeurs. Il faut être disponible à la « surprise » de la découverte née parfois de la sérendipité qui est la capacité, ou l’aptitude à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l’utilité.
Je dirais moi que ce hasard ne vient pas de façon aléatoire mais parce que les conditions étaient réunies pour qu’il se révèle et surtout parce qu’une personne était disponible au bon moment pour comprendre et traduire ou faire passer cette découverte.
Si une hypothèse est « digne de confiance » c’est qu’elle est alignée avec l’état des connaissances à ce moment, l’expérience vécue et les valeurs… C’est tout cela qui va me permettre d’accepter un point de vue, peut-être de le promouvoir.
Je dois accepter toutefois le risque de trahir moi même ma pensée, de la « parodier », de me laisser déborder c’est à dire que je dois introduire une approche éthique dans ma démarche.
Je dois éviter les préjugés, la superstition comme je dois éviter l’exaltation. Je dois à la fois marcher avec courage et résolution et m’autoréguler.
Je dois pouvoir m’émanciper sans minimiser les enjeux de pouvoir et la capacité des pensées toxiques à se répandre. Le ressentiment et la disqualification sont des pièges. Le « bon sens » et le « conformisme » en sont d’autres.
L’esprit critique
Je prends le risque d’exprimer une pensée autonome et critique. Il faut apprendre, faire l’effort de renouveler les connaissances, les élargir à des domaines nouveaux et résistants, il faut le courage au quotidien de s’affirmer sans s’opposer (avec assertivité) , avec l’exigence éthique de respect de la dignité d’autrui tout en osant dénoncer le « mal penser » dans lequel s’enferment certains (ceux qui nient l’état de la science ou qui veulent imposer leur vision par la violence).
C’est on ne peut plus d’actualité…

Un mot en retour ?