Une journée rouge et noire


la route du bas

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3–4 minutes

La radio annonce une journée rouge et noire sur les routes. C’est le grand retour des aoutiens. Je vais devoir prendre garde aux embouteillages dans la vallée. Les uns nous parlent déjà d’automne, les autres d’école, de la chasse, de résolutions, d’inquiétudes sociales. Impatiences et inquiétudes avec ces drames terribles d’un Monde qui souffre du cancer de l’extrême droite. Et si l’on ne se précipitait pas pour mieux changer ?


Près de 5 millions d’enfants ne sont pas partis

Comme le rappelle le site du travail social ils sont encore nombreux ces enfants à ne pas avoir eu droit aux vacances… Pourvu qu’on évite à la rentrée de leur demander de raconter leur été. Même pas une semaine en colo. Près de 40% des français n’ont pas eu les moyens de bouger. Nul doute qu’il y aura ce soir à la télévision, des reportages touchants pour plaindre ces vacanciers condamnés aux embouteillages dans leur voiture climatisée.

C’est un truc que je n’ai jamais compris : le masochisme collectif qui consiste à préférer souffrir tous ensemble sur la route le même jour, plutôt que rentrer un jour ou deux plus tôt, peinards et profiter de la ville et de sa maison au calme.

Ceux qui restent

Invisibilisés par la foule des touristes, ceux qui restent n’étaient souvent pas partis. Le pays est si beau, pourquoi s’en aller ? Et puis, ici aussi certains n’ont pas les moyens. On voit la fatigue sur le visage des commerçants. On se dévisage, on se retrouve… Ceux qui restent, ce sont les vieux de toujours, ceux qui sont nés dans la vallée, et les vieux d’ailleurs qui sont venus et sont restés… Dans la rue, souvent j’entends parler anglais.

Le pays est calme, on a perdu des entreprises agricoles. Quelques courageux créent des gites pour les touristes. D’autres, grâce au numérique s’implantent dans la campagne aveyronnaise pour fuir la ville.

Il n’empêche, il y a toujours ce climat particulier quand les villages se retrouvent au calme après l’été, presque brutalement du jour au lendemain.

L’accélération forcée

Les médias voudraient nous pousser dans les bras de la rentrée. Comme s’il fallait toujours tout accélérer. « C’est bientôt Noël ! » affirmait hier un gamin dans la rue à sa mère déconfite. Oui, bientôt, si on veut…

Mais nous peinons à dessiner seulement trois mois devant nous. Depuis la pandémie nous ne faisons qu’attendre la prochaine catastrophe.

Rentrée sociale, rentrée politique en désordre, budget, questions, guerres… Mais les gens n’aspirent qu’au calme. Les enfants aimeraient pouvoir préparer leurs cahiers et les maitres leur programme.

Intégrer l’incertitude est une chose, laisser le dictat du buzz tout commander en est une autre.

Il faut freiner !

Je crois bien que le focus de la semaine prochaine se fera sur cette « urgence » de « ralentir »

Je ne veux pas donner de conseils, mais je crois bien qu’il serait bon de ne pas se précipiter, de ne pas s’engager trop vite dans le tempo soutenu de la rentrée.

Souvenirs

Au temps où j’étais petit garçon, la rentrée scolaire ce devait être vers le 15 septembre. Je me souviens qu’avec les premiers signes de l’automne, les vacances terminées, les cousins rentrés chez eux comme nous à la maison, c’était le moment des jeux calmes, des lectures et des retrouvailles avec l’ami d’enfance. Je crois bien que c’était l’époque où il fallait aller acheter un pantalon, des chaussures… C’était une époque d’odeurs, de couleurs douces…

L’été n’est pas terminé. Il faut boire les derniers jours d’aout. Il ne faut pas laisser l’inquiétude instiller son venin. Il y a de quoi être inquiet bien sûr. Mais ce n’est pas en nous précipitant que nous trouverons comment mieux avancer.

Sur la route en bas, passeront un tracteur ou deux, peut-être quelques voitures, des vélos. Des piétons aussi qui marchent jusqu’au village. Il y a une trotte. Mais quand on marche à pied, dans la vallée, on observe les plantations, les traces des passages d’animaux qui grimpent la falaise, les écureuils qui engrangent tout ce qu’ils peuvent, on marche, on pense au monde, à celles et ceux qui pestent dans les embouteillages et s’engueulent. On marche et l’on fabrique ainsi le fil de la paix.

Oui la semaine prochaine, focus sur ralentir !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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