Les 800 litres de paille, c’est une troupe de garçons et la paille était au centre du public pour le Mariage forcé à Najac. 3 acteurs fous pour peut-être treize rôles, donnant de la farce et faisant bel honneur à Molière. Lequel sûrement n’aurait pas refusé les improvisations et les allusions à la vie moderne ou au pays. Dorimène est une effrontée. Sganarelle est perdu et peu courageux. Et le public allié et attachant. Jolie symbiose encore…
Le théâtre désacralisé
Il y a 361 ans on jouait la pièce pour la première fois. Sganarelle était interprété par Molière qui devait bien s’amuser. Géronimo, Dorimène, Alcantor, Alcidas, Lycaste, Deux égyptiennes, Pancrace et Marphurius sont les personnages aux noms qui sonnent si joliment à nos oreilles. La farce moque le vieux bourgeois, s’amuse des philosophes et de ces voyantes que l’on consulte : elle reste tellement moderne.
Tout comme l’idée qu’une jeune femme opportuniste puisse oser s’émanciper par le mariage, par pur intérêt, tout en revendiquant le droit de choisir son amant…
Loin de livrer une version poussiéreuse du texte, voilà Valentin CLERC, Sylvain LECOMTE et Julien BODET qui s’amusent et jubilent, jouant avec le public.

Voilà Sganarelle venu se cacher parmi les spectateurs. Ça court, ça saute, ça fuse…
Et tout cela se joue sur la place, sans micro ni artifices avec seulement de la paille, des ballots de paille, deux ou trois accessoires…
Les clins d’œil à la modernité sont digérés sans sombrer trop dans la démagogie ou la vulgarité. Seul le final m’a laissé perplexe. Tout le texte n’y est peut-être pas, mais la beauté de la langue de Molière vient à nous dans ses formes, son lexique, de façon si naturelle que les enfants accrochent. Cela vaut bien quelques concessions.
C’est vif, c’est vivant, c’est drôle. C’est une vision joyeuse du théâtre c’est ce qui importe.
Certains voudront peut-être revenir au texte ? On peut le lire ici. Certains oseront peut-être demain franchir la porte d’un théâtre grâce à cette entrée en matière.
Public présent, public vivant presque comme un personnage. Assis là, par-terre, j’ai retrouvé les sensations que nous éprouvions quand gamins, nous allions jouer dans des foyers ruraux, des maisons de jeunes… Adolescents, nous avons passé des années à jouer en troupe, et les gens des villages avaient cette soif de spectacle, cette jubilation quand il se passait quelque chose sur scène… J’ai déjà raconté que la première troupe portait le nom de Théâtre Albert Camus Jean-Baptiste Poquelin. Nous avions treize ans ! Nous ne nous sentions pas prétentieux. C’était l’amour du théâtre qui nous portait et nous faisait grandir.
Si je dis tout ça, c’est qu’observant les mômes autour de moi, je me demandais combien parmi eux auraient envie de jouer à leur tour, si on allait les laisser faire ?

La lune
Peu à peu la lune est montée au dessus de nous. Spectatrice sage et muette. La seule qui parmi nous avait pu déjà voir les représentations de Molière et de l’Illustre Théâtre.
C’est elle qui m’a guidé lorsque j’ai repris ensuite les petites routes tortueuses et perdues dans la campagne grimpant et descendant le causse secret avec des bestioles mystérieuses traversant la route.
Cette semaine focus sur le festival en bastides, mais début des rencontres musicales de Figeac ce soir !

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