Trois poèmes lus à l’ombre. Offre spéciale ! Ce jour, voici pour vous en exclusivité, trois poèmes. Le premier, je l’ai emprunté à Charles Baudelaire. Les deux autres ont déjà été partagés ici. À écouter à la sieste ou quand vous voulez, allongé·e sur l’herbe, au fond d’un autobus, sur une barque dérivant doucement, dans la salle d’attente du dentiste, sur une aire d’autoroute, au premier étage de la Tour Eiffel, au Bistrot chez Bébert ou sous le préau vide de l’école, le temps qu’il pleuve, avant l’arrivée de la nouvelle lune…
Les trois poèmes.
- Une charogne
- Le poème se pose
- Lune
Et un quatrième pour la route
Spleen – Baudelaire
J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.
Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Sahara brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.
Les deux autres textes
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