Ce 14 juin 2025, c’était la pride rurale en Aveyron. Le jour où la campagne fait son coming out. Et c’est à Najac que les drapeaux ont été sortis. Site touristique s’il en est, mais encore plus rural que celui de Villefranche de Rouergue l’an dernier. Petit rassemblement humain où il s’agissait de transformer la colère en amour.
On a besoin de moula !
« Les bonnes débroussailleuses » (ça ne s’invente pas) ont mis leur énergie pour que la cinquième édition locale de la « Marche des fiertés » puisse avoir lieu. Il manque de l’argent, notamment si l’on espère une prochaine édition.
Les petites associations ne roulent visiblement pas sur l’or et tout ici se fait avec très peu de moyens… Pas d’after cette année.
Aux revendications que l’on entend ailleurs, dans les grandes villes ou à Paris, comme la lutte contre l’homophobie ou la transphobie, s’ajoute ici la difficile question de la ruralité. Il faut pouvoir s’assumer, sortir de sa solitude, affronter les distances… La recherche d’un emploi, l’accès à des soins adaptés aux différents besoins… Tout cela est plus difficile à la campagne.
Lucidité et fragilité
L’arrivée de l’extrême droite déjà au pouvoir dans de nombreux pays, crainte en France, mobilise avec force celles et ceux qui voient bien que toutes les singularités qu’ielles illustrent, sont en ligne de mire des réactionnaires.
Une forme de sentiment d’impuissance, de désarroi pousse avec lucidité ces femmes et ces hommes ou ces non binaires à s’entraider, militer et s’affirmer dans leur diversité.

Beaucoup se connaissent, sont issus de sphères militantes… Toutes et tous témoignent de cette fragilité, de cette difficulté à pouvoir s’assumer pleinement dans leur singularité dans un contexte souvent hostile… Mais leur fragilité est aussi leur force.
Leur analyse précise, elle est aussi autocritique lorsque l’intolérance peut venir de telle ou telle communauté. Les préjugés enkystés culturellement peuvent vite surgir… Il y a peu de milieux capables d’une analyse et d’une critique de la Société et de son fonctionnement en incluant aussi clairement une part de vigilance éthique et d’autocritique.
Reconnaître et accepter ses propres sentiments, son ambivalence, le fait que tout ne soit pas figé, accepter ses émotions comme une composante constructive de sa vie… tout était clairement posé avec l’exigence de respect et d’autorégulation…
Voilà un mouvement qui sans nier ses propres contradictions démontre sa capacité à se gérer de façon militante, active et responsable.
Avec colère, avec lyrisme, souvent poésie et créativité, les voilà capables non seulement de s’affirmer, de secouer le cocotier du vieux patriarcat et finalement d’interroger la Société toute entière, y compris dans un pays démocratique, sur ses propres œillères, les assignations, le validisme, le conformisme…
En lisant leur professions de foi ou déclarations, les mains des différent·e·s personnes qui intervenaient tremblaient souvent. La chaleur des applaudissements (ajoutée à celle du climat estival) était là pour les réconforter et se rassurer mutuellement face aux mille inquiétudes.


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