Avec mon envie de trier mes textes poétiques je me suis trouvé confronté à la difficulté d’avoir à traiter une masse conséquente de documents. Je pensais que la difficulté serait d’évaluer la qualité de chaque texte pour en mesurer l’intérêt et faire ma sélection. Je me suis trouvé submergé et donc obligé d’adopter une logique ou une stratégie que je n’avais pas imaginée au départ et que l’on pourrait transposer à nombre de traces que ceux qui créent, écrivent, produisent du document ont à gérer… Il me faut penser flux, stock et projet pour éviter d’être submergé…
Un pied entre deux cultures
Avant le numérique, nous conservions le papier, le classions, l’archivions… C’était valable dans les écoles où chaque jeudi on lisait et rangeait le bulletin officiel dans une belle boite, c’était valable avec nos feuilles de salaire, nos impôts, nos factures… J’avais à une époque plus de vingt boites d’archives à la maison. Il en reste, mais elles sont bien plus légères…
Nous sommes encore un pied entre deux logiques, la mutation n’est pas achevée.
Autrefois mon assureur m’envoyait son échéancier par courrier papier. Puis il l’a fait par courrier électronique et au début je tirais et archivais le papier, maintenant, je dois me rendre dans l’espace numérique de cet assureur, un « cloud » dédié pour y retrouver l’information que je peux d’ailleurs prélever et classer numériquement… ou si j’y tiens, tirer au format papier.
Les écrivains d’hier, écrivaient à la main – certains le font encore -. À partir de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, ils pouvaient payer ensuite une personne pour faire un « tapuscrit » de leur manuscrit que l’on reproduisait ensuite selon différentes techniques. Au vingtième siècle, de nombreux auteurs en étaient encore au manuscrit… Ils nous ont laissé d’ailleurs la joie de pouvoir accéder au graphisme deleur écriture, leurs brouillons…
L’écrit possédait une forme matérielle avec le risque de subir une perte ou une destruction involontaire ou non (souris, inondation incendie…).
Aujourd’hui nous avons été bien « dressés » et savons sauvegarder nos documents numériques. On conseille de le faire au moins trois fois quand c’est important, dont une à distance (car si le disque dur ou le serveur est pris dans un incendie domestique, alors ce sera la catastrophe…).
Je ne sais pas si on forme vraiment les jeunes d’aujourd’hui à permettre une bonne indexation de leurs documents, il est clair que nous n’avons pas été formés à bien nommer nos fichiers, à les ranger de façon structurée… le tout étant de retrouver l’information rapidement.
La plupart des logiciels permettent d’accéder rapidement à une prévisualisation d’une image. C’est plus complexe pour les documents selon les formats, la longueur des contenus…
La datation des documents et l’indication de modifications éventuelles n’apparaissent pas toujours clairement…
En gros, nous n’avons pas tellement anticipé et nous nous retrouvons avec des masses à gérer.
L’exemple des poèmes
Il fut une époque où j’écrivais à la main. Nombre de ces textes se sont perdus. Dans les années 90, avec l’arrivée des premiers ordinateurs domestiques, je me souviens avoir vu la personne qui vivait avec moi, prendre l’initiative de taper tous mes textes. C’était l’époque de Windows 3.1 et des disquettes ! Tout n’a pas été sauvegardé mais je possède encore des tirages papier de cette période…
Aujourd’hui, je constate qu’un même texte peut se trouver tiré au format papier et sauvegardé plusieurs fois au format numérique que ce soit sur mon serveur, un disque dur ou une clé USB. Il peut « en plus » se trouver publié sur le net… Certains de mes textes ont d’ailleurs été reproduits sur d’autres site que le mien sans mon autorisation.
Avec cette masse de papier et de documents numériques, à moins d’engager un secrétaire-archiviste à plein temps, je me suis trouvé confronté à l’impossibilité de tout maîtriser pour structurer cette masse.
J’ai même été pris de la tentation de « tout mettre au feu », de faire table rase…
Quand je serai mort
Il faudra par parenthèse que j’anticipe quels droits je céderai et à qui sur cet ensemble. Plus dans le souci de préserver l’intimité que dans celui de transmettre. Je n’ai pas d’héritier direct. Je n’ai pas l’orgueil de penser que tout cela devrait me survivre…
Penser une autre logique
Dans ma vision initiale, j’avais imaginé trier tous mes poèmes (certains sont des chansons) puis les classer. On peut le faire par date, recueil (il en pré-existe) ou thème…
Cela supposait un examen à l’unité sous forme de sélection, une datation (si possible), puis un rangement ou classification avec des phases de manipulation… Cela supposait également de pouvoir comparer ou traiter séparément le papier du numérique (sachant que nombre de textes sont sauvegardés plusieurs fois…)
Travail de fou qui ne me motive pas en réalité !
Partir du réel
À la différence par exemple d’un roman ou d’une pièce de théâtre, le projet d’écrire un poème ne s’inscrit pas en ce qui me concerne dans le projet initial plus vaste d’un projet thématique, de recueil… Chaque poème est un élément singulier à la base et ne s’inscrit pas dans un tout pensé initialement.
J’ai la plupart du temps imaginé des recueils a posteriori : pour marquer un événement, offrir un florilège, réunir les textes écrits dans un même lieu…
Le flux
Au fil de l’eau, j’écris notamment de la poésie. Je le fais plus guidé par l’inspiration qu’en m’installant à la table en me disant que je vais écrire un poème. Il arrive que le projet avorte ou reste limité…
Si le poème prétend devenir chanson, j’en fait un tirage papier ne pouvant « chanter sur écran » (encore que ça pourrait se défendre, je vois même de plus en plus de musiciens avoir leur partition sur tablette numérique).
Stock
Ce flux alimente un stock. Il faudrait peut-être un « pré-stock », un bac à sable, un lieu où les textes seraient mis un temps au repos, une sorte d’espace filtre pour les amender ou les supprimer… Peut-être serait-il bon à l’avenir de prendre garde à noter les informations utiles (titre, date, lieu d’écriture), ça pourrait aider…
Projet
C’est seulement ensuite que peut se réactiver une logique de projet : créer un « album » de chansons, un recueil avec des textes choisis et c’est alors ce projet qui inviterait à la mise en valeur de certains textes, en puisant dans le « stock » et en acceptant d’une certaine façon de lâcher prise sur le reste.
Comme je dispose d’une masse conséquente, j’ai de quoi alimenter de nombreux projets…
Dans le même temps, c’est vrai, comme je m’intéresse peu à ce que j’écris ( relire mes propres productions m’emmerde) , il faut que je me mobilise de temps à autre sur de petits projets, en lien avec le site par exemple… tout en me disant que ce n’est pas bien grave si des textes imparfaits subsistent dans le stock ou d’autres qui me plaisent plus sombrent dans l’oubli.
Il y a un balancement à trouver, une bonne posture, entre lâcher prise, humilité et dans le même mouvement la réactivation de petits projets que je n’ose plus forcément en particulier dans le domaine de la poésie qui reste ingrat et peu prisé…


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