Ce retour à Conques je ne l’avais pas encore fait. Je n’ose compter les années depuis la première visite. Forcément après 94 puisque les vitraux de Soulages étaient déjà installés, oui bien après. Je n’avais pas oublié le trésor, j’avais oublié le village. Le voilà comme d’autres transformé en musée, offert aux touristes et aux pèlerins au risque de perdre son âme. Les touristes en question, que regardent-ils vraiment ? Entre souvenirs et autoportraits que perçoivent-ils du lieu ? Et comment photographier sans tomber dans la tarte postale ?*
L’homme du parking
Il tient la barrière pour qu’elle ne tombe pas sur les voitures. Il explique tout à chacune et chacun, se penchant sur les voitures avec enthousiasme et patience : le ticket, le queer-code, le tarif… À la sortie les vieux se battront quand même avec la machine pour comprendre comment elle fonctionne. Il faut entrer le ticket, si, si ! Simone, dans la fente ! passer la carte… six euros.
Ici, les autorités locales sont parvenues cependant à faire que les infrastructures d’accueil restent discrètes, bien insérées dans le paysage. S’il y a des boutiques, ce n’est pas l’exubérance atroce du Mont-Saint Michel. Ça reste à taille humaine. Les pèlerins de Compostelle ont un parking gratuit à la rivière…
J’aime bien cette tradition des marcheurs. Si mon chien n’était pas trop vieux, j’irais avec lui…

Le cœur du village c’est l’abbatiale. Les vitraux de Soulages, c’est à peine si les gens en parlent. C’est sur Facebook qu’ils se scandalisent. Mais j’ai fermé mon compte. Et je les aime ces vitraux. Aujourd’hui le soleil les fait chanter, c’est pleine lumière ! Ils mettent là une heureuse invention. Sage en réalité, pas révolutionnaire mais qui ouvre vers autre chose. C’est cohérent avec le lieu.






Je n’ose imaginer la foule en été. En ce moment (fin avril 25) , le temps est laissé pour regarder, bavarder, se laisser prendre par le paysage. Il faut s’abstraire de l’ambiance touristique et plonger vraiment dans le lieu, se centrer sur tout ce qu’il réserve à découvrir. Il faudra revenir. Une affiche annonçait un concert. C’est vrai que la musique a toute sa place ici. Dans l’église, un piano à queue attendait sagement.

La nature n’est pas loin. Venir ici se mérite. La route est tortueuse. Le village s’offre en récompense, comme un cadeau. Il parvient à émouvoir. On y sent l’odeur des fleurs. Il manque peut-être celle des bêtes d’élevage qui ne devaient pas manquer d’encombrer les ruelles autrefois.







Ce que je cherche et espère dans ces villages, c’est l’inattendu. L’histoire manquait d’enfants. Depuis la création de la commune nouvelle de Conques en Rouergue, la commune compte deux écoles, mais pas à Conques même. Alors je me suis contenté de chats en amour, d’un oiseau perché au bord du lavoir…
Jolie surprise du cimetière en terrasse, enserré tranquille comme un navire prêt à partir et qui regarde la vallée… ça donnerait presque envie de se faire enterrer…


C’est beau. J’imagine Prosper Mérimée qui devait être inspecteur des monuments historiques, découvrant les lieux plus ou moins laissés à l’abandon. Depuis tout a été restauré, solidifié, réparé et l’on imagine que tout est régulé pour éviter que des constructions ou façades incongrues ne viennent troubler l’harmonie. Pourtant le risque de la stérilisation patrimoniale touche les lieux. Il étouffe sous l’apparence d’un si joli village, l’histoire des gens qui y vivaient, de ceux qui passèrent là…
Comme en d’autres lieux religieux, on a réuni ici quelques reliques présentées avec le trésor. J’ai toujours trouvé cette pratique morbide : garder des petits bouts d’une personne morte pour la vénérer a quelque chose d’effrayant et de dégoûtant à mes yeux… mais le trésor jalousement conservé est magnifique.
Il faudra revenir, d’accord Prosper ?
*la tarte postale c’est une carte postale super conformiste qui n’apporte rien et ne fait que flatter sans surprise

Un mot en retour ?