Une journée au jardin


Pervenches

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2–3 minutes

Ce n’est pas tout à fait la vérité. Je n’ai pas passé une journée au jardin. Ici la maison a la chance d’être ouverte sur le jardin, comme si elle y était posée. Alors je suis connecté en permanence sur le dehors. Ce n’est pas mon jardin, je ne possède rien. Deuxième printemps ici, les surprises ne manquent pas. Un rapace vient de passer au dessus de nous…


Jardin secret

Au pied du causse, la terre argileuse est sèche. Cette année les pâquerettes ont organisé une grande fête. Je leur laisse des zones entières pour s’exprimer. Elles invitent déjà des orchestres d’insectes.

Je ne veux pas tout vous montrer. Ces jours derniers, tout s’est déployé. Chez les tulipes, une première s’est lancée comme pour goûter la température avant d’être suivie par les autres. La rouge, confuse, arriva la dernière.

Hautjardin

Le jardin entoure la maison et chaque espace révèle son ambiance. Le cerisier sauvage a fait des petits. Certains buissons s’imposent, en repoussent d’autres. On se mêle, on s’entrecroise, on s’étouffe un peu comme dans les familles. Alors pour sauver certains, il faut les séparer ou les écarter. Mais je veux n’intervenir qu’avec parcimonie. J’éloigne dans une lutte infinie les ronces étrangleuses. Elles saignent à vif les arbrisseaux de leur morsure amoureuse. Toutes ces plantes se connaissent depuis longtemps avant moi. Elles ont bâti leur monde et si je les laissais faire, elles s’empareraient de la maison.

L’érable enfin s’est réveillé. Les derniers seront les noyers. L’arbre à papillons ne dit rien mais le lilas entre en scène. Ce qui est amusant c’est que les fleurs se concertent pour arriver par vagues de couleurs. Bleu, blanc, jaune, rose… Tout s’organise ici, je n’ai pas mon mot à dire.

Poils dans le nid

Quand je brosse Galou tout à son bonheur de jouer en ces lieux, je récupère les poils puis les dépose à l’abri du vent dans un nichoir et dans un creux d’arbre. Il ne faut pas attendre longtemps pour que les oiseaux récupèrent les précieux et légers poils. Ça me plait d’imaginer que les oisillons naîtront bien au chaud dans le duvet du chien. J’avais trouvé un nid en Bretagne drôlement bien garni.

Je ne vous ai pas montré le compost, les coins rugueux, les pierres.

J’ose à peine parler de bonheur dans ce lieu à l’écart, protégé, loin des soucis urbains et de la vie d’antan.

Ce qui est sûr c’est que le jardin est de plein pied dans le printemps et me régénère autant qu’il se régénère, qu’il console autant qu’il engage, qu’il invite et chante. J’essaye juste de le traiter avec amitié, curiosité et respect. J’essaie juste d’apprendre et de comprendre ce que cet espace peut me dire…

Il m’a semblé entendre le chevreuil raire vers onze heures. Qui donc l’a dérangé ? Les chevaux n’ont pas bougé. Si c’est moins puissant que ce matin, les oiseaux nous font un petit orchestre de chambre ce soir…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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