Passante, passant, voyant l’enseigne à deux pas de la collégiale, tu penseras pouvoir acheter ton pain dans cette boulangerie de la Bastide de Villefranche de Rouergue. Tu passeras de l’émerveillement à la déception, peut-être même, levant la tête, l’inquiétude te traversera. Le lieu est aussi poétique que fragile…
Un décor de cinéma
« All the light we cannot see » (Toute la lumière que nous ne pouvons voir), c’est une série Netflix, tournée en 2022. Censée se dérouler à St Malo pendant la deuxième guerre mondiale, elle a été filmée en grande partie à Villefranche de Rouergue.
La ville se prête volontiers aux tournages. C’est là aussi qu’ on tourna il y a peu une partie du téléfilm retraçant la vie d’Olympe de Gouges (réalisé par Julie Gayet et Mathieu Bisson).
Les lieux sont magnifiques. La ville y gagne certainement en renommée. Elle propose des parcours sur les lieux de tournage…
Une fois les projecteurs partis, les décors démontés, la ville reste dans sa beauté avec ses bâtiments au bord de l’effondrement, avec son Histoire. Si un travail est mené pour aider les propriétaires à restaurer les façades, si les lieux sont protégés, si des actions sont tentées… tout cela reste fragile.
Toute cette beauté

Villefranche de Rouergue est une bastide emblématique. La sous-préfecture, à l’instar de tant d’autres vieilles villes, a été victime de l’inconséquence des politiques lors des pseudo « trente glorieuses ». Hors saison touristique, son centre est désert, on ne compte pas les boutiques vides, les maisons sans confort, les immeubles fragiles… L’émotion que je ressens en passant de rues en ruelles est à chaque fois puissante. Tout est poésie ici. Je n’aime pas les villes musées. Certains lieux figés ne sont plus tenus que par l’activité touristique. Ici, le marché du jeudi conserve la mémoire de toute l’histoire des lieux. Mais ça ne suffit pas.
L’inquiétude

Je ne me retrouve pas parmi les passéistes qui défendent une vision figée du patrimoine et des traditions. Il ne s’agit pas de se replier mais de vivifier, de valoriser. Il y eut autrefois beaucoup plus de monde en Aveyron.
Les bastides furent au fond imaginées à l’époque comme des villes nouvelles centrées sur l’activité économique. Il y aurait quelque chose à réinventer dans cette époque où les cartes sont à rebattre.

Le grand cormoran
La nature n’est jamais loin. Au bord du Lot, au grand dam des pêcheurs, le grand cormoran s’est installé. Que sait-il de la ville ? Dans quelques semaines, les touristes plus nombreux vont envahir les lieux. Les fêtes, les concerts, tout ce qui anime l’été, les grands marchés… tout cela va rompre avec ce que la ville donne à voir d’elle même hors saison. Cela fera pour part illusion. Combien diront à leur retour : « on a fait Villefranche, on a fait Najac ou Villeneuve… » Comme des trophées à leur parcours… Combien auront su se perdre dans les ruelles, chercher les passages vers la rivière, rêver au bord de la fontaine ?
Plus courageux sûrement sont les marcheurs de Compostelle. Ils appréhendent autrement les paysages, les villages et les étapes…
Mais qui se sera inquiété vraiment du sort de ces lieux, une fois reparti vers de nouvelles aventures ?

Un mot en retour ?