Le galop joyeux des chevaux ce matin


chevaux à la Vayssière

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2–3 minutes

Je vous ai déjà parlé du cheval blanc. En ce moment, juste de l’autre côté du chemin, j’ai la chance d’avoir deux chevaux qui habitent là. Ils ne manquent pas d’espace. Fenêtre ouverte sur la chambre où je changeais les draps, je fus surpris par la cavalcade. Le galop joyeux des chevaux ce matin, ce fut à la fois une récompense et une consolation. Et les vers de René Guy Cadou, forcément me sont revenus.

Pour un cheval

Vous connaissez je l’espère ce texte fabuleux. Un des plus beaux de la poésie française. Il vient d’Hélène ou le règne végétal. Je n’en donnerai qu’un extrait. Allez au livre et que vive le droit d’auteur !

Cheval pour avoir dit l’amour tu as une âme
Lève haut tes belles jambes comme les femmes

Tu passes à travers le ciel et l’abat-jour
Tu fais le mort avec les chiens et l’on accourt

Aux fenêtres pour admirer ta gymnastique
De rêve cheval de fiacre cheval de cirque

L’enfant ne sait Toi tu déniches le soleil
Tu promènes ta queue comme un essaim d’abeilles

·.
Tu broutes les vitraux le gaz et l’edelweiss
Tranquillement Puis tu remues les fesses

Et ris c’est merveilleux le rire d’un cheval
Ton Alexandre était un fat ô Bucéphale

·.

Cavalcade

Sur le sol argileux au pied du causse, les sabots sonnent mieux que sur un tambour. Tu te dis qu’ils pourraient s’envoler.

On dirait un cœur qui bat.

L’émotion était d’autant plus forte que je me suis levé ce matin noyé de fatigue et dans une de ces tristesses qui éloigne des hommes.

Les animaux ont cette force, cette joie toujours prête.

Le chien la possède aussi qui malgré son âge le pousse à venir me chercher pour jouer. Ou la chatte à grimper sur ma poitrine, ivre de ronronnements et de tendresses.

Les humains ne savent dans ces cas là que des mots creux et se montrent incapables de résister au vertige de la tristesse d’un autre humain.

C’est une des raisons qui font que nous fuyons les hommes tristes pour éviter de nous confronter au vertige de notre futilité et à l’aimant du bord de la falaise.

La seule question alors est de savoir ce qu’il se passera quand il n’y aura plus de cavalcade, de ronronnements, de balle posée devant pour aller jouer.

Choses faites et choses à faire

Tandis que les catastrophes dévident leur fil implacable, les choses faites et à faire rythment la vacuité. Que pourrait-on encore sauver ?

Je vais préparer une tarte aux pommes, regarder quelques livres, dormir un peu puisqu’il fait sombre dedans comme dehors. Il faut accepter de se départir de l’enthousiasme, de l’énergie qu’il faudrait pour affronter cette somme de drames et de folies. Rester en retrait. Sagement. Avec Mozart.

Et puisqu’ écrire ne sert à rien, guetter les chevaux, les admirer galoper sous la pluie.

Il faut que je me taise un peu.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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