L’an dernier la nomination de Sylvain Tesson à sa présidence avait fait polémique. Je l’avais presque oublié. C’est le printemps des poètes ! Nouveau président issu de l’équipe historique qui lança le premier printemps, Emmanuel Hoog vient relancer une manifestation qui a passé le quart de siècle. La poésie volcanique en est le thème. Ariane Ascaride et Hyppolite Girardot en sont les parrains. Déjà de nombreux événements un peu partout en France, pas trop dans mon coin. J’ai loupé l’évènement local programmé avant le début officiel… vous trouverez peut-être quelque chose ?
Ne chipotons pas, emparons-nous du moment.
Tout ce qui s’approche de l’art officiel tend à me repousser. Rachida Dati qui pose sur le document de présentation récupère à bon compte l’affaire. Ne chipotons cependant pas si cela donne un peu de visibilité à quelques événements et pousse en avant la poésie.
Sur les vitrines de quelques boutiques à Villefranche de Rouergue, quelques poèmes classiques sont affichés dans de petits formats en bleu pâle, peu visibles, pas très volcaniques… C’est ce qui a tout de même attiré mon regard et je me suis souvenu alors que c’était « le moment ».
Le site du printemps des poètes est lent, mal fichu. Difficile d’y naviguer. La carte interactive est une catastrophe et l’insertion de .pdf de présentation une mauvaise idée. J’imagine qu’on a payé quelqu’un pour faire ça… mais bon, vous trouverez peut-être dans votre coin un moment, une manifestation, une rencontre.
Peut-être même aurez vous l’envie d’initier quelque chose…
À l’école !
Tant de souvenirs quand j’enseignais. Nous lancions les « brigades d’intervention poétique » qui avaient le droit d’interrompre les classes pour y lire ou réciter des poèmes.
Rue de Tanger, les CM s’étaient emparés de l’œuvre du vieil Hugo et avaient clamé, « Gavroche, c’est nous ! » Au collège, ils avaient impressionné les quatrièmes. Eux, les cours-moyen, savaient leurs textes et les disaient avec cœur.
Les cahiers de poésie dans les classes se sont asséchés. Quand je passais de classe en classe et comptais qu’on n’avait donné à apprendre que sept poèmes par an, je m’affligeais. La poésie était avec mes élèves ce qu’ils réclamaient le plus : entre deux leçons, au retour des récréations… c’était comme chanter. Combien de mains se sont déliées à écrire les premiers vers, à jouer avec les mots, les sons !
Lire un poème par jour
J’ai un peu délaissé cette habitude. Pourtant, lire un poème par jour, même un court, reste un rituel apaisant. Ce n’est pas de la méditation à proprement parler mais entrer dans le texte ouvre des portes en nous.
Écrire ?
Je me méfie des concours et de l’écriture sur commande même si j’apprécie les jeux poétiques.
À la machine, à la main, en jouant du dessin, le poème se prête volontiers à tous les supports.
Volcanique ? Au delà des sons, s’il met à son front le rouge de la colère, je l’aime quand il est subversif.
Je ne cesse de rappeler que le poème n’a pas de fonction décorative. Il n’est pas là pour faire joli. Il est là pour l’inattendu.
Volcanique ? Il y a dans la lave qui s’expulse quelque chose qui parle des entrailles de la terre et qui brûle puis se fige en lave sèche. La roche volcanique n’est pas douce aux doigts mais reste ce mystère figé qui parle des profondeurs.
Dans le Rouergue ou le Quercy, les falaises mènent souvent à des failles, des cavernes, des fosses, des grottes,des coupures. Les volcans ne sont pas si loin. Sous l’argile sèche et les terres calcaires, l’eau tourbillonne souvent en cette saison.
La poésie est pour toutes les saisons

Poètes et poétesses ! Dans mon enfance, on ne nous donnait pratiquement que des poèmes d’hommes à apprendre. Il y aurait tout de même quelque chose à reprendre pour nous donner à lire un peu plus de poétesses. Même la belle anthologie de Pompidou (la meilleure chose qu’il nous laissa) ne cite je crois que trois femmes…
Et si le printemps s’allie volontiers à la poésie, elle est bien de toutes les saisons puisqu’elle est étroitement reliée au présent, à l’instant, au moment. Puisqu’elle nous autorise des étés en hiver et des automnes au printemps.
J’irai voir chez le libraire, si quelque nouvelle livraison est arrivée. Si je retrouve le coin « poésie » souvent dans un recoin, parfois relégué dans les rayons les plus bas… presque caché comme les lectures autrefois mises à l’index.

Un mot en retour ?