Voilà, c’est terminé. Pendant trois jours Cajarc a été le village africain. L’expérience est étonnante quand on habite à vingt minutes à pied du plateau où se jouaient les concerts et que l’on découvre pour la première fois cette manifestation transformant complètement le village médiéval. Hier soir, je me suis endormi en entendant au loin les échos assourdis de la musique…
Dimanche à Cajarc
Il y avait plus de monde sur le marché africain, un concert de kora était improvisé au détour d’une rue. Je ne pouvais m’empêcher de penser au grand artiste malien Toumani Diabaté qui vient de mourir ce vendredi. Il était jeune, seulement 58 ans. Ailleurs un trio s’offrait aux passants. Dans les jardins, devant la maison de retraite, des gamins jouaient à faire sonner les instruments géants bizarres. Des bottes en caoutchouc pour faire sonner des flutes, du jamais vu ! … Des écrivains signaient leurs livres, des ateliers de rythme et de danse tournaient…
Le soir, ce fut la découverte notamment des groupes GKBL et Eusebia.
Deux univers différents même si l’on retrouve des préoccupations partagées notamment autour de l’émancipation féminine ou de la défense de la nature. Les Nana Benz samedi, s’étaient montrées particulièrement percutantes sur le sujet. Oui, elles furent mes préférées avec Lamine Cissokho.
Le public du dimanche, peut être un peu plus fatigué et plus relâché ne ménageait pas son énergie ni son enthousiasme. Toujours ce mélange d’enfants, de jeunes, de vieux et même de chiens dont l’un d’entre eux n’hésita pas à monter sur scène… Les gens ont besoin de fête, d’un peu d’insouciance. Alors, ils étaient bien dans cette bulle réconfortante au bord du Lot.
Dans son discours de clôture, l’un des co-présidents du festival rappela que devant les difficultés l’équipe avait failli jeter l’éponge. On n’ose imaginer en effet tout le déploiement d’énergie nécessaire à l’organisation d’un tel évènement entre les contacts à prendre, les budgets à trouver, jusqu’à tous les aspects pratiques. L’armada des bénévoles est aussi à orchestrer. La sécurité doit être assurée. Même ici. Pour le public cette année, pas un sou à payer pour les concerts, ce qui constitue un beau cadeau notamment pour la jeunesse.
Je garderai en tête l’énergie incroyable d’artistes généreux, leur relation à la langue, que ce soit le français, les différentes langues africaines, l’anglais… Loin des représentations fermées de certains, ils étaient toutes et tous porteurs de valeurs désormais universelles comme l’écologie ou l’émancipation des femmes… et nous ferions bien d’en prendre de la graine tant il y a à faire à l’échelle mondiale… Il ne faut pas gratter longtemps pour percevoir les fragilités, la douloureuse expérience coloniale… si tout cela reste complexe, la référence à l’identité culturelle n’est en rien fermée sur elle même… le digital est là, l’ouverture vers d’autres cultures est là… l’appropriation même des outils comme les réseaux sociaux ou plus largement l’Internet inscrit cette « tradition » dans la modernité… si tant est que ces concepts puissent dire quelque chose… En tout cas, ouverture à la diversité, humanisme, valeurs universelles étaient au rendez-vous et cela vaut mille démonstrations militantes.
Peut-être mon petit regret, aura été que l’on ne ménage pas de petits temps avec des scènes plus intimes… Le groupe Eusebia tenta un moment un duo guitare, voix plus apaisé mais ce n’est pas ce qui domina les concerts…
Un mot en retour ?